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Je vous invite dans mon univers avec sa touche fantasy - fantastique assumée, y compris dans les cuisines et dépendances. Merci de ne pas poser vos pieds sur la queue des chats ! Pour tout savoir sur la bannière, cliquez ici.



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Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22


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Dimanche 11 décembre 2005
Dans les pas de Roanne - Chapitre 4 "L'auberge affiche complet" - Partie 4 - Tous droits réservés -


23ème jour du douzième mois.

 

Cela fait cinq jours que je parcours chaque après-midi les environs de Niwerand à cheval, toujours escortée. Les Gardes sont de bonne compagnie, je les apprécie de plus en plus. Même leur présence dans l’auberge est apaisante. Heureusement d’ailleurs, car les derniers arrivés ne sont pas des plus calmes. Mais ça ne fait pas de mal non plus le retour d’un peu de frivolité.

Je n’ai pas revu Niña depuis notre conversation autour du globe lumineux que Maître Jocelin m’a offert. Je suppose qu’elle est partie pour prendre les renseignements dont elle avait besoin, et qu’elle reviendra quand son petit confort lui manquera. Je ne m’inquiète vraiment pas pour elle. En attendant son retour, je prends des notes sur tout ce que je peux observer.

Cet après-midi, je m’apprête de nouveau à monter à cheval. Cette fois-ci, Belvis m’accompagne seul, car il souhaite retourner dans la forêt de l’ouest, alors qu’Enselin et Arthus ont décidé de partir vers le nord-est. Il n’a pas neigé depuis quelques jours, les routes et chemins sont dégagés et le sol gelé offre une bonne prise aux chevaux. Nous en profitons donc pour galoper à bon train jusqu’au domaine des Niwarec. Belvis tient les rennes de Pompom et je lui tends celles d’Alhani le temps d’aller chercher Alhia. Celle-ci est prête à nous suivre. Elle a un petit sac de voyage bien rembourré qu’elle me tend.

« Si jamais un jour j’ai besoin de m’inviter chez toi, je préfère avoir du change. »

Cela signifie qu’il y a encore des soucis avec ses parents, et que je risque de l’héberger dans les jours qui viennent. Cette idée ne me déplait absolument pas. Elle pourra emprunter la chambre de Tynha puisque celle-ci reste le plus souvent chez Batysth. Mais je n’ose pas parler de tout cela devant Belvis, donc je prends le sac sans questions, et me mets en selle. Alhia monte sur Pompom en prenant appui sur le bord de l’escalier de la grande demeure de ses parents, toujours élégante. Nous quittons le domaine au pas, pour laisser à mon amie le temps de s’échauffer un peu. Mais nous repartons rapidement à bonne allure en direction de la forêt. Nous essayons, avec Alhia, d’emmener Belvis aussi loin que possible. Mais les journées sont très courtes à l’approche du solstice d’hiver qui marque la fin de l’année. Nous ramenons Alhia au domaine des Niwarec alors que le soleil est déjà couché. Heureusement, le ciel est dégagé, la lune et ses deux lunulles sont pleines, et la neige reflète leur lumière ainsi que celle des étoiles. Ce qui nous permet, à Belvis et moi-même, de revenir tranquillement à Niwerand. Nous passons la porte sud juste avant qu’elle ne soit close pour la nuit. Pour le retour, j’ai pris les rennes de Pompom qui a l’air ravie de sa promenade. Je mets pied à terre dans la cours de l’Ecurie et je m’apprête à attacher la jument pour m’occuper d’Alhani en premier, quand Arthus et Enselin arrivent. Ce dernier me retire les rennes des chevaux des mains.

« Il est déjà tard, un palefrenier va s’occuper d’eux. Retourne à l’auberge avant que le père Thomas ne se fâche. »

Je remercie Enselin et me dépêche de rentrer sans demander mon reste. Il n’a pas tort !

Le service du soir est épuisant. Les derniers arrivés forment un groupe hétéroclite d’hommes et de femmes de la noblesse excentrique d’Agarand. Ils ont décidé d’aller passer l’hiver au Havre, pour profiter de la fin du chantier du voilier commandé par l’un d’eux. Ces rentiers sont accompagnés d’artistes : musiciens, chanteurs et poètes, qu’ils entretiennent. Cette joyeuse compagnie attire du monde dans la taverne depuis son arrivée. Il n’y a pas eu ambiance aussi festive depuis la semaine de la Mort-Thomb.

Pour ma part, j’assure mon service avec entrain, mais ce n’est pas simple. Certains hommes de ce groupe sont de l’espèce qui confond serveuses et hôtesses. Je dois me tortiller comme une anguille pour échapper à leurs doigts boudinés. J’essaye toujours d’effectuer le service en me plaçant du côté des dames. Ce qui me vaut une surprise qui fera se tordre de rire mes amies pendant plusieurs jours : l’une des dames semble apprécier le contact des autres femmes… je manque de lâcher mon plateau lorsqu’elle réussit à me caresser discrètement le bas du dos !

Non mais ! Vraiment !

Le Patron m’envoie parfois un regard d’encouragement. Il se rend bien compte que cette clientèle, plutôt inhabituelle ici, me demande beaucoup d’énergie.

Lorsque je monte me coucher, je suis épuisée. Et Niña n’est pas là. Je vérifie l’état de mon poêle et me couche rapidement.

 

24ème jour du douzième mois.

 

J’ai dormi d’un sommeil sans rêve. Une nouvelle perturbation vient du nord, nous la voyons arriver des les monts de Nameland. S’il s’agit d’une nouvelle tempête de neige, il faudra cesser les cavalcades en dehors du bourg. Pour moi, le solstice signifie la préparation d’une grande fête. Je vais passer les prochains jours à la taverne avec Monik. J’aimerais vraiment profiter avant de m’enfermer. D’ailleurs, aujourd’hui je ne travaille pas, ce qui me permet de passer la journée à cheval.

Dès le matin, nous partons plein nord avec Arthus et Belvis. Ils veulent aller le plus loin possible. Ils cherchent toujours leurs fameux « signes ». Nous pouvons admirer le front nuageux gris de cendre qui vient vers nous. Lorsque les bourrasques commencent à nous empêcher de parler normalement, nous faisons demi-tour. Il est inutile d’insister. De retour à l’écurie, nous nous occupons de nos chevaux. C’est le milieu de l’après-midi, mais il fait déjà très sombre. Je m’apprête à retourner aux Trois Dragons, avec dans l’idée de passer la soirée au salon de thé ou dans ma chambre à lire, lorsque Arthus me retient.

« J’ai besoin de te parler. Est-ce qu’il serait possible de se retrouver à la taverne ?

- Oui, aucun problème.

- Je te rejoins d’ici une heure. »

Belvis étant à côté pendant que nous prenons rendez-vous, je me doute bien qu’il ne s’agit pas d’une galanterie. Je me demande ce qu’Arthus peut avoir à me dire qui justifie que nous nous retrouvions autour d’une table. Je vais me laver, et je m’habille de façon sobre mais différente de la tenue que je porte lorsque je suis en service.

L’heure passe rapidement. Je rejoins Arthus à une table près du feu. La taverne est calme. Il semblerait que les Dames d’Agarand soient au salon de thé. Je compatis pour Tynha. Quant à leurs compagnons, je les ai vus entrer dans l’une des boutiques du bourg en revenant aux Trois-Dragons. Arthus me regarde puis commence.

« Ca s’est bien passé avec Alhia hier ?

- Oui. Elle n’a pas posé de questions indiscrètes, Belvis a dû te le dire. »

Je sens que je passe une sorte d’épreuve. Je continue, mal à l’aise.

« Pour elle, nous sommes juste partis en forêt pour sortir les chevaux et faire découvrir ce coin à Belvis. Et cette promenade s’est très bien déroulée. »

J’évite d’ajouter que je pense Alhia fort déçue par l’absence d’Enselin. Je suis un peu tendue car je ne sais pas vraiment où Arthus veut en venir. Il le sent très bien, j’en suis certaine, je m’oblige donc à respirer et à me détendre. J’attends tranquillement la suite.

« Je souhaitais te remercier pour ta disponibilité. Tu nous as beaucoup aidé, avec patience et discrétion. Je voulais juste te mettre en garde pour le sérieux de cette histoire. Il existe réellement un animal dangereux à abattre.

- Arthus, je te promets d’être une fille sage. Je ne chercherai pas à sortir seule tant que cette affaire ne sera pas réglée. »

Il me sourit franchement de mon impertinence. Après quelques échanges, nous nous moquons tous les deux de la protection dont je fais preuve de la part de mon père, bien que je ne sois plus une enfant depuis de longues années. Nous discutons aussi des progrès d’Enselin au manège. Je profite de l’occasion pour demander si la forme de son nez est due à la vengeance d’un sac, et Arthus rigole de plus belle. Il me confit qu’Enselin a bien eu le nez cassé, lors d’un combat. Je repense à Alhia qui trouve que cela donne encore plus de charme à son Garde préféré.

La discussion continue alors que l’heure passe. Je sens qu’Arthus n’a pas abordé le sujet pour lequel il souhaitait me parler. Des clients arrivent et me font signe. Je leur annonce que je ne suis pas de service. Après réflexion, je propose à Arthus de nous rendre dans un salon privé pour ne plus être dérangés. Il accepte. Je suppose qu’il ne soucie pas plus de sa réputation que moi de la mienne. Arthus s’installe dans un fauteuil, dans une petite pièce agréable et chaleureuse. Je remets du bois dans la cheminée, et je m’assoie à mon tour.

Le regard du Garde Royal devient grave.

«  Roanne, j’aimerais en savoir plus sur Tristhan et toi. 

- Je ne m’attendais pas à une telle question. Que veux-tu savoir exactement.

- J’ai conscience d’être indiscret. J’aimerais savoir comment vous êtes arrivés ici. J’ai compris que Thomas et Monik vous ont adoptés. J’ai voulu en savoir plus dès que j’ai rencontré ton frère. Mais je n’ai pas eu le temps de lui poser la question. Et si j’enquête sur toi, tu finiras tôt ou tard par le savoir. Je préfère donc te le demander en toute franchise. 

- Pourquoi ne pas l’avoir demandé au Patron ?

- Oh ! C’est juste qu’il fait presque deux mètres de hauteur et qu’il n’a pas l’air d’apprécier qu’un homme s’intéresse de trop près à l’une de ses filles.»

Il me lance un regard malicieux qui me fait rire. Je me prépare à répondre à sa question.

« C’est délicat. Je peux parler de notre arrivée à Niwerand, mais pas de notre enfance. Je n’en ai aucun souvenir. Tristhan non plus. Du plus loin que je me souvienne… J’ai ouvert les yeux dans une sorte de chalet. Il y avait trois hommes barbus. J’étais fatiguée, mais ils m’ont rapidement remise sur pied. J’étais encore une fillette. Tristhan était lui aussi un enfant, pas encore adolescent. Nous ne comprenions pas vraiment ce que nous disaient les trois hommes. J’ai senti qu’on nous posait des questions, mais je ne parvenais pas à y répondre. Une fois en état de voyager, nous avons été emmenés ici pour être confiés à l’Erudit et au Maire de Niwerand. J’ai compris bien plus tard que deux des trois hommes étaient des bûcherons et l’autre un garde forestier.

Ils nous ont trouvés seuls, errant dans la grande forêt de Nameland. Nous ne savons pas d’où nous venons. Il est impossible que des enfants aient pu traverser les monts de Nameland. Peut-être les avons-nous contournés ? Dans ce cas, combien de temps avons-nous été livrés à nous-mêmes ? Notre passé n’est que questions. »

Je suis mal à l’aise, comme toujours lorsque j’en parle. Je n’apprécie pas que l’on me force à me rappeler la triste réalité. Je suis une enfant abandonnée. Arthus m’encourage à continuer d’un regard. Je poursuis courageusement.

« Rapidement à notre arrivée, nous avons été adoptés par les Patrons. Pendant l’année qui a suivi, nous avons révélé que nous savions déjà écrire, et nous avons appris à maîtriser le langage. Tynha est arrivée à son tour. Tristhan a montré d’incroyables dispositions pour les soins aux chevaux, mais aussi en tant que cavalier. Moi aussi, en  moins douée. »

Arthus fait une sorte de rictus, il ne semble pas tout à fait d’accord avec moi. Je  préfére l’ignorer :

« Nous avons souvent été questionnés. Avec le temps, nous avons oublié notre langue maternelle. Nous ne savons même pas notre âge avec précision. J’aimerais bien te répondre davantage, mais sincèrement je ne le peux pas. J’ai déjà répété tout ça des dizaines de fois. »

Arthus n’insiste pas, il semble pensif.

On frappe à la porte. Je vais ouvrir et me retrouve nez à nez avec Enselin. Belvis est derrière lui. Ils cherchaient Arthus. Je prends rapidement ma décision :

« Entrez ! Nous pouvons rester ici pour manger au calme, si vous acceptez ma présence. »

Ma proposition est retenue. Je vais chercher de quoi restaurer tout le monde, aidée par Arthus. Il entre dans la cuisine pour la première fois, et découvre les lieux d’un regard. Je prépare deux plateaux bien chargés. Arthus toussote et je me retourne.

« Je te remercie. Tu avais raison. Ce qui vous est arrivé, à toi et à Tristhan, est délicat à expliquer. 

- Ce n’est pas facile de grandir sans souvenirs. C’est franchement perturbant. Pendant plusieurs années, nous avons découvert que nous savions faire des choses… sans savoir comment nous les avions apprises, ni de qui. Je suis persuadée que nous sommes d'un autre peuple, mais nous ne savons rien de lui.

- Je comprends. J’aurai certainement d’autres questions à te poser, et j’espère que tu n’y verras pas d’indiscrétion de ma part. »

Je lui donne mon accord d’un signe de tête.

« Dépêchons-nous de retourner au salon avant que tes deux acolytes ne dévorent les fauteuils. »

Nous prenons chacun un plateau et j’ouvre la marche.

La soirée avec les trois Gardes Royaux est exquise. Ce sont des hommes cultivés, ils me parlent d’Aleenor et des attraits de la capitale. Quand je pense que j’aurais pu passer la soirée à m’ennuyer dans ma mansarde…


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