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Je vous invite dans mon univers avec sa touche fantasy - fantastique assumée, y compris dans les cuisines et dépendances. Merci de ne pas poser vos pieds sur la queue des chats ! Pour tout savoir sur la bannière, cliquez ici.



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Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22


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Samedi 3 décembre 2005
Dans les pas de Roanne - Chapitre 3 "La routine mon amie" - Partie 1 - Tous droits réservés -

30ème jour du onzième mois.

 

J’ai découvert rapidement, dans les jours qui ont suivi le départ de mon frère pour la capitale, que son absence pouvait s’avérer plutôt avantageuse. Sa présence m’incitait à rester relativement sage, alors que je peux maintenant n’en faire qu’à ma tête et cesser de m’inquiéter de ses réactions. Je ne me suis jamais trop souciée de ma réputation. Il est cependant évident que je reste inconsciemment quelque peu prisonnière du regard des membres de ma famille. Je n’ai aucune envie de les décevoir. Et de tous ces membres, Tristhan est le plus influent.

Donc, malgré le grand abattement tout d’abord provoqué par son départ, je l’avoue très franchement : quelle liberté ! Relative, certes, car il n’y a pas grand chose à faire en fin d’année à Niwerand.

L’hiver s’installe de façon définitive. Il a neigé sur les monts de Nameland. Nous les voyons au loin, complètement blanchis, le froid qui en descend nous parvient malgré la forêt. Cette dernière, qui commence à leurs pieds, ne devrait donc pas tarder à se couvrir de neige à son tour. Les plaines qui nous entourent devraient suivre le même sort dans les jours suivant.

J’ai fini par me décider à mettre en route le poêle de ma chambre pour ne pas trop souffrir du froid. Au grand plaisir de mon invitée miniature, qui peut ainsi de nouveau s’habiller de façon légère. D’ailleurs, j’en fais autant, avec plaisir. Surtout que je découvre depuis quelques jours de nouveaux arrangements effectués dans mes vêtements. La présence de Niña est comme un rayon de soleil. La lutine n’est que légèreté et vivacité. Pas trop le genre à s’encombrer d’états d’âme.

Maintenant qu’elle s’est bien installée, ses interventions chez Tynha passent inaperçues. J’ai ainsi pu expliquer à celle-ci que je n’ai plus de problème de mon côté, que nous avons certainement été victimes d’une petite bête, ce que ma petite sœur a approuvé. De toute façon, elle n’est toujours pas descendue de son nuage, je crois même qu’elle y reste accrochée volontairement pour ne pas s’attrister sur le départ de notre grand-frère. Pourtant, elle aussi devrait être ravie : il était sacrément protecteur vis à vis d’elle, plus qu’avec moi. Tynha n’a pas trop les pieds sur terre en ce moment. Quand je croise son Batysth, je pense que lui non plus. J’ai du mal d’ailleurs à garder mon sérieux devant leur expression un peu stupide. J’ai noté que Thomas a accepté cette liaison sans trop de vagues. Lorsque des clients cherchent à en savoir plus, il détourne le sujet pour protéger sa petite dernière. J’en fais autant.

Le travail est relativement calme en ce moment. Nous avons des clients qui sont arrivées pour une étape, qui ont finalement décidé de rester un peu plus longtemps. Ils se reposent, ne souhaitant pas se trouver sur la route pendant les premières chutes de neige. De nombreuses chambres sont réservées. Nous passons des soirées chaleureuses.

C’est franchement plaisant : les trois Gardes Royaux qui sont restés à Niwerand sont toujours hébergés aux Trois Dragons. Je suppose qu’ils restent le temps de trouver quelque chose à louer. J’essaye de discuter avec eux, afin d’en savoir plus sur l’Académie. Je les présente à d’autres clients, des habitués du bourg, facilitant ainsi leur intégration. Je procède toujours de cette façon pour les gens qui me semblent avenants, si leur séjour se prolonge. Je sais ce que c’est que d’arriver dans un endroit où l’on ne connaît rien ni personne.

En fait, j’avoue être très surprise par Arthus et ses deux élèves.

Pendant des années, je ne me suis absolument pas intéressée aux Gardes Royaux. Nous en avons vu très peu à Niwerand. En plus, les rares hommes d’armes dignes de ce nom que j’ai croisés étaient assez secrets, voire hautains. J’en ai donc déduit que Maître François était une exception. Je pensais que les Gardes Royaux, érudits de l’art du combat et des techniques équestres, étaient des hommes assez imbus d’eux-mêmes. Je les imaginais, arrivant en terrain conquis, sûrs de leurs acquis.

Je découvre avec Arthus, Belvis et Enselin qu’ils sont surtout des hommes discrets. Ils sont remarquablement adaptables, se fondant rapidement dans le quotidien du bourg. Finalement, ils n’ont presque pas besoin d’aide pour une quelconque intégration. L’humour pince-sans-rire d’Arthus et Belvis fait mouche, ils sont devenus populaires en quelques jours. Enselin est plus discret. Cependant, j’ai l’intuition qu’il ne faut pas les sous-estimer sous leurs airs décontractés.

Je me relève comme toujours en début d’après-midi. La neige n’est pas tombée : il fait trop froid. En conséquence, les sols restent durs, ce qui permet de ne pas se salir les bottes dans la boue. J’ai bien envie d’aller faire un tour à l’Ecurie de Maître François. Nous avons une réserve de pain sec que les chevaux seront ravis de réduire. Je m’habille chaudement et de façon un peu garçonne, pour le côté pratique. J’entends un ricanement signifiant que Niña est dans le coin et n’approuve pas ma tenue. La Danthienne n’est pas très pantalons.

Je passe par la cuisine pour manger un peu. Encore une fois, les casseroles embaument et je me régale. Ensuite, je vais piquer un gros sac de pain rassis dans la réserve, qui sent la bonne odeur des charcuteries et des fromages, le hisse sur mon épaule et sors par le potager. La terre est encore blanche de givre dans les parties qui sont restées à l’ombre.

Je traverse le bourg d’un bon pas, saluant les connaissances que je croise, et je rentre dans la cours des écuries. Je me rends dans la première, j’irai voir les magnifiques chevaux de la Haute Ecurie et mon chouchou Alhani ensuite. Je pense avoir assez de pain pour tout le monde. J’appelle les chevaux pour ne pas les surprendre. Ils sortent leur jolie tête des box. Je caresse les chanfreins, flatte les naseaux, distribue des croûtons. Je n'oublie aucun équidé.

Ensuite, je passe jeter un oeil aux dragons. Je garde mes distances car ces animaux sont assez surprenants. Ils ont des réflexes reptiliens, rapides.  Ils se servent de l’appendice qui fait penser à un bec de façon très efficace. Ce qui est compréhensible : c’est certainement ce qui leur a permis de rester en vie face à des prédateurs. Leurs homologues carnivores par exemples.

Je rejoins la Haute Ecurie. En arrivant, j’entends des bruits que je n’arrive pas à identifier. Ils viennent du petit bâtiment au bout de l’écurie, qui sert de réserve de foin. Intriguée, je décide de jeter un œil, curieuse. Je me trouve devant un spectacle que je ne suis pas prête d’oublier. Le bruit que j’entendais est celui que fais Enselin, en tapant de toutes ses forces, avec rapidité, sur une sorte de gros sac. Ce dernier est suspendu par une chaîne à l’une des poutres du bâtiment. Le Garde frappe avec ses point bandés, ses coudes, ses genoux, ses pieds. Arthus le reprend sans arrêt, le titillant, cherchant de toute évidence à l’énerver. Comme s’il en avait besoin ! Enselin est en sueur malgré le froid. J’entends Arthus le menacer de lui mettre des poids s’il ne maintient pas sa garde. Je me demande bien ce que cela signifie, mais vu le rictus qui se dessine brièvement sur le visage du Garde à l’entraînement, j’imagine que c’est désagréable.

Et là, je m’offre une honte infinie… au moment où je me retourne bien décidée à partir et à faire comme si je n’avais rien vu, je tombe nez à nez avec un Belvis hilare. Ses yeux bleus brillants de malice, il m’invite à le suivre et à entrer dans le bâtiment.

« Enselin, il va te falloir faire de ton mieux, tu as déjà une admiratrice ! »

Evidemment, Arthus et lui rigolent, tandis qu’Enselin hausse les épaules et recommence à frapper. Je pique un fard à faire pâlir un coquelicot.

« En fait, je passe juste donner du pain aux chevaux. J’ai entendu du bruit…

- Aucun souci Roanne, tu es la bienvenue. »

Arthus m’interrompt tranquillement, avant de reprendre sèchement :

« Bon sang Enselin, tu n’as rien dans les bras aujourd’hui ! Relève ta garde ! ».

Il me fait signe de venir m’asseoir à côté de lui. J’assiste pour la première fois de ma vie à un entraînement de combat au corps à corps. Je suis profondément impressionnée. Je me promets solennellement de ne jamais énerver un Garde Royal !


publié dans : Dans les pas de Roanne
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