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Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22


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Jeudi 1 décembre 2005
Dans les pas de Roanne - Chapitre 2 "Tristhan et Atalaï" - partie 1 - Tous droits réservés -


10ème jour du onzième mois.

 

C’est un fait, l’automne est bien installé et l’hiver ne saurait tarder. C’est à cette période de l’année, plus que tout autre, que je peux regretter de ne pas vivre dans une région plus douce. Enfin, plus sèche ! Hier, il pleuvait. Aujourd’hui, il pleut. Je ne pense pas que cela s’arrange pendant la nuit : demain, il pleuvra ! Inconvénient majeur, le feu de cheminée a du mal à couvrir les odeurs de bottes et manteaux détrempés, et le sol de la taverne est difficile à conserver dans un état acceptable. Autre gêne, je reviens trempée de mes marches hors du bourg. Avantage certain, il n’y a qu’à se baisser pour ramasser les champignons… Je trouve encore des châtaignes, ainsi que des noix, mais ce sera bientôt la fin.

J’adore par dessus tout ces dernières récoltes de saison, avant les premières gelées. J’ai avalé tellement de mûres à mon retour d’Agarand que j’ai frôlé l’indigestion, pourtant j’en ai quand même rapporté des quantités suffisantes pour en faire des tartes délicieuses et de la gelée. Certes, j’ai aussi récupéré au passage des griffures peu esthétiques, prix à payer pour obtenir les fruits les plus savoureux. Ce qui m'a fait râler, lorsque Monik a tenu à les désinfecter.

Je profite des dernières journées pendant lesquelles je peux prendre l’air, ensuite, nous allons entrer dans un état de semi-hibernation qui n’aura rien à envier aux ours des monts de Nameland, qui surplombent l’énorme massif forestier du même nom, au nord de Niwerand.

Je m’habitue déjà à mes petites conversations du soir avec Niña la Danthienne. Elle passe une majorité de son temps chez Tynha, mais essaye de se libérer lorsque je monte me coucher, très tard le soir. C’est le cas cette nuit. Elle a les lèvres rouge vif, je me demande à qui elle a chapardé ce maquillage là.

Cette délicieuse créature, farceuse de nature, a une forme d’attachement pour moi. Je n’ose lui demander pourquoi elle a choisi de se montrer à mes yeux, de peur de la faire fuir. C’est aussi pour cette raison que je n’ai parlé d’elle à personne.

Elle est à la fois terriblement superficielle, et très informée de tout. Une idéale espionne qui m’a rassuré sur Batysth, particulièrement concernant ses intentions vis à vis de Tynha.

Batysth est à peine plus jeune que moi, c’est un jeune homme qui a la tête sur les épaules. Il est impressionnant, il doit dépasser Tristhan d’une bonne tête. Par contre, pas encore assez costaud pour dépasser le Patron, mais ce dernier est vraiment un homme d’une taille exceptionnelle. Sa main seule est plus grande que mon visage. Bien sûr, Niña ne m’a pas appris tout cela. Elle m’a juste fait savoir que Batysth en pinçait pour ma sœur depuis longtemps et qu’il n’en revient toujours pas de sa chance. Cette confirmation me permet de ne pas m’inquiéter de ce côté là.

Alors je m’intéresse plutôt aux affaires de mon frère. D’après les commérages de la taverne, Maître François a rentré un cheval dangereux, fou, que personne n’arrive à dompter. Il s’agit d’Atalaï, évidemment. Cet étalon a une réputation sulfureuse, qui l’a suivi à Niwerand très rapidement après son arrivée. Maître François se veut rassurant en affirmant qu’au moins la moitié des rumeurs est totalement fausse.

Le gros problème… c’est que la moitié restante suffit à me faire trembler.

L’étalon serait tout simplement rétif, vicieux, et j’en passe. Il aurait blessé son dernier propriétaire en se couchant sur lui après s’être cabré. Il mord, donne des coups de sabot, écrase les pieds lorsque l’on veut soigner les siens. Il serait l’incarnation d’un démon. Là-dessus, sa couleur ne joue pas en sa faveur.

Tristhan lui accorde donc toute son attention, ébloui par l’élégance naturelle de l’étalon. Il constitue pour lui un défi personnel à relever.

Aux Trois-Dragons, les paris vont bon train. Certains disent que Maître François a fait là une mauvaise affaire, que son élève le plus doué risque de le payer cher.

D’autres disent que Tristhan n’a plus rien à apprendre depuis longtemps en matière de dressage, et que sa réussite avec l’étalon noir sera sa meilleure carte de visite pour intégrer une prestigieuse écurie. Je ricane en douce, car l’Ecurie de Maître François est renommée. J’ai appris, par le Patron, que la seule écurie de notre royaume où Tristhan pourrait continuer à se perfectionner est celle de la Garde Royale de la capitale, Aleenor. Maître François est l’un des plus grands maîtres d’équitation de notre temps, il faisait lui-même parti de la Garde Royale. Il a été cavalier professionnel, dresseur de chevaux, de dragons, Grand Ecuyer, et surtout Instructeur. Je me demande encore par quel heureux hasard il a quitté son poste confortable, encore dans la force de l’âge, pour venir acheter et développer une écurie à Niwerand.

Lorsque je me lève en début d’après-midi, je m’habille confortablement pour me rendre aux écuries. J’y trouve Tristhan en plein travail à pied, avec l’étalon noir. Malgré le temps ils sont en sueur. Mon frère remet l’animal en mouvement à chaque fois qu’il tente de prendre le dessus. C’est impressionnant à voir, il ne cherche ni à dompter, ni à dresser, il ne cherche en aucun cas à dominer. Ce qu’il veut, c’est la confiance d’Atalaï.

Vient vers moi, bel animal, tu n’as rien à craindre…

Je me doute qu’à ce jeu là, tout en observation et en tact, l’étalon finira par se faire tout doux. Sauf bien sûr s’il est vraiment irrécupérable. J’en ai des frissons.

Cela fait maintenant douze jours que Maître François a confié Atalaï à mon frère, j’observe déjà de subtils changements.

Je suis admirative devant le travail effectué. Lorsque Tristhan a obtenu ce qu’il voulait, qu’il l’a répété pour s’assurer que l’étalon a compris, il arrête la séance. Il laisse l’animal se détendre puis le reprend en douceur, et l’emmène le plus naturellement du monde à un immense box rempli d’une confortable couche de paille. Il bouchonne Atalaï en lui parlant sans arrêt, l’étalon remuant ses oreilles en clair de lune, le menton dans l’eau de son abreuvoir. Mon frère se méfie encore, je le sens à sa façon d’être. Il agit comme si à tout moment l’animal pouvait tenter de le mordre ou de le taper. Il s’en occupe néanmoins jusqu’à ce qu’il soit suffisamment sec pour ne pas risquer un coup de froid.

Lorsque Tristhan sort du box, refermant ma porte sans bruit, nous restons quelques instants à écouter. L’étalon reste calme, nous l’entendons qui commence à mâchouiller son foin.

« Ca fait trois jours qu’il est calme au box.

- Il a l’air beaucoup plus doux qu’à ma précédente visite.

- En même temps il a essayé de me coincer contre la palissade juste avant que tu arrives.

- Tu devais pas être fier ! »

Tristhan éclate de rire. Je lui promets de repasser dans quelques jours.

Le travail à pied est une chose, mais cela risque de se corser lorsqu’il faudra monter l’étalon.

Je retourne dans ma chaleureuse auberge me préparer pour le service du soir. J’envie mon frère pour ce métier dont il peut être fier.C’est vrai enfin ! Lui a droit à des regards de respect, moi à des œillades alcoolisées !


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