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Je vous invite dans mon univers avec sa touche fantasy - fantastique assumée, y compris dans les cuisines et dépendances. Merci de ne pas poser vos pieds sur la queue des chats ! Pour tout savoir sur la bannière, cliquez ici.



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Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22


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Lundi 11 septembre 2006

Dans les pas de Roanne - Chapitre 11 "La bibliothèque" - partie 1 - Tous droits réservés -


22ème jour du troisième mois.

 

Je suis revenue à l’appartement dans un état de grande fébrilité. Il ne faisait pas encore nuit, les jours s’allongent de façon tangible. J’ai parcouru le trajet la tête ailleurs. Une fois en sûreté chez Ghislain, j’ai commencé par faire les cent pas. Pour me calmer, je me suis raisonnée. J’ai emprunté de quoi écrire à mon frère, et j’ai commencé à rédiger deux lettres. Une pour ma famille, une pour Jocelin. J’ai laissé l’encre sécher pour ensuite les ranger. Je les terminerai en début de semaine, lorsque je saurai à quoi m’en tenir. J’ai rendez-vous dans deux jours, à neuf heures, avec Dame Arsinoé. Si nous sommes d’accord, Hadrien m’intégrera à son équipe immédiatement. Encore une fois, je me sens dépassée par la précipitation des évènements. Mais ce serait une place tellement intéressante ! J’ai hâte !

Je n’ai pas vraiment la motivation pour accepter un poste de serveuse. C’est un métier difficile, et j’ai conscience qu’il était facilité par la présence de mes parents. J’avais aux Trois-Dragons une grande liberté, un rythme humain, et j’étais associée au fonctionnement et à la gestion de l’auberge. Le travail était intéressant et familial, je connaissais tous les habitués. Je ne pense pas un instant retrouver un poste similaire à Aleenor.

Toutefois, je ne peux envisager de rester toute la journée à tourner en rond dans l’appartement, aux frais de mon frère. Je me transformerais doucement en parfaite petite ménagère, cette idée ne m’enchante pas. Sans travail, je serais obligée de retourner à Niwerand à un moment ou un autre.

Nous avons passé la soirée à en discuter, Tristhan, Ghislain et moi. Nous sommes tous les trois du même avis. Quelque soit la motivation des érudits, c’est une chance formidable qui m’est offerte. J’irai donc à mon rendez-vous pour accepter cette offre. Je ferai de mon mieux pour que Dame Arsinoé et Hadrien ne regrettent pas de m’avoir octroyé cet essai. De plus, Heiric m’a déjà offert son aide pour effectuer des recherches. Je suppose que Paulin, une fois au courant, me contactera aussi. À moins qu’il ne soit prévenu depuis le début ? C’est fort possible. Je commence même à me demander si la décision de me proposer cet emploi ne s’est pas prise après notre entretien, avant-hier soir.

J’imagine que j’aurai du mal à en obtenir la preuve. Ce qui compte au final, c’est que je vais avoir un travail qui va me permettre de rester à Aleenor, au moins quelques semaines.

En conséquence de cette bonne nouvelle, la soirée va être très festive. Je ne sais pas combien de personnes sont invitées, mais nous partons dès ce matin, de bonne heure, à la chasse aux vivres. J’ai suggéré de faire livrer les boissons, par le négociant auquel j’ai eu affaire. Nous commençons donc par nous rendre chez lui, Ghislain et Tristhan souhaitant voir ses produits et ses tarifs. La matinée passe rapidement. J’ai la sensation que nous faisons des achats pour un régiment, et c’est peut-être le cas. Je tempère en me disant que la surface de l’appartement ne permet pas d’inviter trop de monde. Mon frère me gâte encore, en m’achetant quelques accessoires, j’en ai un peu honte. Il me rassure en me disant que ce sont mes derniers cadeaux. Ensuite, j’aurai mon salaire pour me débrouiller. Nous revenons à l’appartement chargés comme des mules. Le déjeuner est frugal, j’en profite pour discuter et mettre au clair les conditions de mon hébergement. Les deux hommes refusent que je paye une part du loyer. Ils me demandent juste de participer aux achats communs et d’aider à maintenir le logement propre. Ils sont vraiment adorables ces deux-là !

L’après-midi passe vite. Nous préparons de quoi régaler les invités. Une partie de la nourriture et la totalité des boissons nous sont livrées vers quinze heures. En début de soirée, les premières collègues de mes hôtes arrivent, en avance, sous prétexte d’aider. Cela me permet de faire leur connaissance en douceur. Très féminines dans leurs robes, elles ne ressemblent pas à des recrues de la Garde Royale. Excepté peut-être à quelques détails. Leurs excellents réflexes par exemple. L’une d’elles, nommée Viviane, rattrape ainsi un bol de justesse, avant qu’il ne se fracasse au sol. Ce qui lui vaut des sifflets admiratifs : d’autres Gardes sont entrés entre temps et ne perdaient pas une miette des échanges en cuisine. À ce stade, Ghislain nous met dehors, nous nous installons dans le salon. Je suis rapidement entourée, chacun se présentant. Je ne sais pas si je parviendrai à retenir tous les noms. J’ai reconnu Desle parmi les invités, ainsi que quelques cavaliers que j’ai vus lors de la reprise à laquelle j’ai assistée. Lorsque je vois Arthus passer la porte d’entrée avec un autre homme, j’ai un instant d’hésitation. Je compose rapidement mon visage, mais je me sens mal à l’aise. Je ne savais pas qu’il était invité. En même temps, est-ce étonnant ? Il m’a soutenue avant même notre départ de Niwerand, s’entend bien avec mon frère et Ghislain. Les aventures que nous avons vécues ensemble ont fait le tour de la Garde Royale. Cette soirée est aussi en son honneur. Son invitation est pour mon frère une façon de le remercier d’avoir veillé sur moi. J’essaye cependant de l’éviter. Ce n’est pas difficile, l’appartement est bondé et je suis sans cesse prise dans des conversations. Cependant, il y a un moment où tout le monde se pose, s’asseyant à même le sol sans faire de simagrées. J’ignore comment cela s’est combiné, je me retrouve entre Arthus et Viviane. Je cherche à faire davantage connaissance avec la jeune femme. On ne peut pas dire d’elle que c’est une beauté, cependant elle dégage un charme terrible, et rien ne paraît pouvoir la démonter. Elle a de l’assurance, comme Alhia. Par contre, elle ne lui ressemble pas du tout. Elle est plus grande, ses cheveux d’une jolie couleur châtain clair sont bouclés. Nous discutons en grignotant. Les plats circulent, nous nous servons au grès de nos envies, une petite chope de bière à la main.

Pourtant, je ne peux ignorer cet instant où je vois le regard de ma voisine s’égarer au-dessus de ma tête, cherchant celui d’Arthus, derrière moi.

« Arthus, c’est vrai ce qu’on raconte, que tu as été grièvement blessé pendant votre traque ? »

Arthus acquiesce, mais s’il voulait éviter le sujet, c’est trop tard. Les questions commencent à fuser. Je jette un œil sur son visage, je crois que nous sommes aussi dépités l’un que l’autre. Nous n’avons pas envie de raconter cette histoire, nous l’avons si souvent répétée ces derniers jours ! Nous nous lançons dans un résumé très succinct, dans lequel le Petit Peuple brille par son absence. Nous ne mentionnons pas non plus certains détails concernant la créature. En fin de compte, ce qui intéresse principalement notre auditoire, c’est la poursuite en elle-même ainsi que la morsure. Une femme d’une trentaine d’années lance :

« Allez Arthus, montre-nous ta nouvelle cicatrice de guerre ! Tu sais bien que nous adorons ça ! »

Un éclat de rire général salue ce culot. Le Garde ne se démonte pas.

« Je ne refuserai rien aux beaux yeux de Lilly. »

Quelques sifflements lui répondent, ainsi que de nouveaux éclats de rire. Sans lâcher la curieuse des yeux, il remonte sa manche. Je lis de la stupeur sur le visage de la Gardienne. Elle s’approche et lui prend le bras avec une familiarité qui me laisse à penser qu’ils se connaissent de longue date.

« Bon sang, ce n’est pas joli du tout. Tu as de la chance qu’elle ne soit pas repartie avec un morceau !

— J’avais trois épaisseurs dessus, dont mon cuir.

— Encore heureux. J’imagine la puissance de cet animal. Il devait avoir les dents bien tranchantes. »

Elle se reprend et chambre ouvertement Arthus sur le fait qu’il va pouvoir en jouer pour séduire. Il la remet à sa place avec humour. Elle lui répond avec vivacité. Rapidement, tout le monde s’y met. L’appartement se divise en deux camps, ceux qui participent à la joute verbale et ceux, hilares comme moi, qui comptent les points. Je dois pourtant avouer que je me suis sentie gênée, perturbée, pendant un instant. J’ai jalousé, le temps d’un battement de cils, la complicité évidente partagée par Lilly et Arthus.

C’est peut-être ce qui me fait le plus mal dans cette histoire. Je me sentais bien avec lui. Pendant toute la traversée des plateaux de l’Ars, nous avons été proches. Maintenant ce n’est plus qu’un souvenir. Cependant, j’ai l’impression à certaines occasions que notre entente existe toujours. Pourtant, il y a une gêne persistante, qui la gâche. Cela me chagrine plus que tout le reste.

Quelqu’un prononce mon prénom. Je m’aperçois, troublée, que je n’ai pas suivi les derniers échanges. Je cherche la personne qui m’a appelée, pour lui donner le change, cachant mon désarroi. C’est un Garde blond comme les blés, aux yeux pourtant très foncés, qui pique Arthus indirectement en me demandant s’il n’a pas été trop difficile à supporter. Je réponds avec un air très sérieux, tout en me pinçant le nez :

« Tant qu’il n’enlève pas ses chausses, ça va. »

Tout le monde part dans un terrible fou rire tandis qu’Arthus secoue la tête et me grogne :

« Ça ma chère, tu me le paieras ! »

Je lui offre mon plus beau sourire.

« J’attends de voir ça ! »

Très franchement, je ne vois pas comment il pourra se venger du mensonge que je viens de proférer. Arthus est énervant, il ne ronfle même pas la nuit. Difficile de lui trouver le moindre défaut, il valait mieux tricher. Par chance, si vengeance il y a, il est forcé de la reporter à plus tard. Lilly rebondit en effet sur ma remarque, captant son attention. Il lui répond, pince sans rire :

« Aurais-tu l’obligeance, Lilly, de t’occuper de tes pieds, pendant que je rétablis la réputation des miens ? »

De nouveau, tout le monde est secoué d’un rire bon enfant.

La soirée se termine tardivement, les jeunes Gardes et Gardiennes qui n’ont pas de famille restent pour aider à faire de l’ordre. Certains dorment sur place, ils ont un peu trop bu, ou bien habitent à l’autre bout de la cité. Mon frère se prépare à prendre place sur son divan. Je m’apprête à lui sortir ses draps et couvertures de la chambre, quand je m’aperçois qu’il s’y est glissé derrière moi, fermant la porte. Il me regarde avec un air soucieux, semblant chercher ses mots. Après quelques instants de silence, il murmure :

« Je sais que je n’ai pas à m’occuper de tes affaires mais... Sincèrement, que s’est-il passé entre toi et Arthus ? »

Je suis stupéfaite. Je secoue la tête en faisant semblant de ne pas comprendre. Mon frère hausse les sourcils et se rapproche de moi. Il n’a certainement pas envie que nos échanges s’entendent côté salon. Il baisse sa voix d’un ton.

« Je te connais bien, et tu n’es pas tout à fait toi-même quand il est là. Lui non plus d’ailleurs. Je voudrais juste savoir quel est le problème. »

Je retiens un soupir soulagé de justesse. Il me faut rassurer Tristhan, sans trop en faire. Je tiens à protéger mon petit jardin secret.

« Il y a eu un malentendu entre nous, rien de plus.

— Un malentendu ? De quel genre ? 

— Je me suis méprise sur ses intentions. Rien de plus. Mais cela jette un froid, tu comprends ? C’est pour ça qu’on essaye de garder quelques distances. Ne va pas t’imaginer qu’il m’a manqué de respect ou autre chose. »

Mon frère me regarde d’une façon complètement inexpressive. Puis une forme de tristesse voile son regard. Comme je n’ajoute rien et que j’ai toujours les bras chargés, il s’efface pour me laisser quitter la chambre, sans un mot de plus. Je songe, mal à l’aise, qu’il lit trop bien en moi.


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