

Je vous avais promis il y a quelques temps déjà de vous livrer la nouvelle "Réintroduction", mon premier râteau côté appel à
texte. Je tiens parole, en vous la "tronçonnant" pour plus de lisibilité.
La magnifique illustration offerte par Cian viendra avec la deuxième partie, parce qu'elle en dit long sur la chûte.
Réintroduction - Tous
droits réservés.
La banque de données centrale passait l’ensemble des éléments en revue. Point par point. Il lui faudrait plusieurs semaines pour effectuer un premier tri. L’ensemble des intelligences artificielles poursuivait son propre travail de réflexion logique en parallèle, sans attendre les premiers résultats. Non pas que le temps fut précieux. C’était l’un des rares moyens qui ne faisait pas défaut. Les intelligences artificielles agissaient toujours ainsi. Elles suivaient les directives de base.
Le réseau rencontrait un problème qui n’avait pas été prévu par les Créateurs. Le Programme Réintroduction en était à sa dernière étape. Mais l’objet même du projet, son objectif ultime, avait développé un comportement étrange. Il remettait en cause les fondements de leur ouvrage, laborieusement effectué sur plusieurs milliers d’années.
Les intelligences artificielles ne pouvaient pas se montrer perplexes, car elles n’éprouvaient pas de sentiments. Elles avaient simplement une problématique nouvelle. Elles travaillaient conjointement à son traitement et à sa résolution.
Analyser le problème.
Recouper avec les données que la banque centrale fournissait.
Rechercher les causes.
Trouver des solutions.
Calculer leurs probabilités de succès avant leur mise en œuvre.
Supprimer d’office celles qui ne respectaient pas le Programme.
Tester celles qui seraient retenues sur un échantillon.
Propager les actions qui se montreraient efficaces.
Mettre la base de données à jour en conséquence.
Reprendre la veille.
Depuis plusieurs milliers d’années, le prototype robotique Azur utilisait son potentiel propre pour venir en renfort auprès des intelligences artificielles. Sa faculté à tenir des raisonnements était moindre, mais son travail de terrain lui permettait d’apporter des données significatives. Ces dernières pouvaient influencer les analyses, permettant d’anticiper certaines problématiques. Ou de les régler.
Car ce n’était pas la première fois qu’un imprévu se présentait.
Azur n’avait pas une forme humanoïde. Aucun robot du Programme n’imitait les Créateurs. Pour une raison simple et purement fonctionnelle : la station verticale sur deux membres impliquait un gâchis inutile de ressources. Les processeurs devaient fonctionner au maximum au service du Programme. De plus, d’un point de vue pratique, les sorties sur le terrain nécessitaient des robots aptes à passer tous les obstacles. Azur avait donc été conçu à la façon d’un énorme arachnide, mais ses formes avaient été retravaillées, arrondies, adoucies. Azur ressemblait à un gros cocon couleur bleu de mer. Ses huit membres ne rappelaient en rien les animaux qui avaient inspirés les Créateurs.
Le robot consulta sa base historique. Il avait été créé pour la phase finale. Pour faire le lien entre les pouponnières et la réintroduction dans un environnement maîtrisé. Il était pourtant l’un des rares modèles à ne pas avoir effectué de « dormance », se déconnectant pour attendre son tour d’agir. Azur, associé à plusieurs intelligences artificielles, ainsi qu’à de nombreux autres robots, avait suivi l’évolution du programme depuis son départ. Il avait stocké ainsi toutes les données de l’expérience, via la banque centrale. L’environnement de la planète avait été modifié dans son ensemble. Au fur et à mesure de ces corrections, Azur avait coordonné le travail qui se faisait en sous-sol. Pendant que des modèles plus solides oeuvraient en surface pour reconstituer des biotopes, Azur avait choisi les premières espèces à préparer et à réintroduire.
Il avait appliqué la logique primaire que les Créateurs avaient programmée. Les organismes les plus simples sont les plus adaptables. Après des siècles d’observations et de corrections, les premiers êtres vivants avaient conquis les territoires avec succès. Des êtres de plus en plus complexes avaient suivi, singeant l’évolution naturelle, en accéléré.
Azur savait de façon pertinente, le ratio étant inscrit dans sa mémoire, que le nombre d’espèces réintroduites était ridicule en comparaison de celui qui était définitivement perdu. Le Programme n’était qu’une pâle copie de la biodiversité originelle.
Les Créateurs l’avaient conçu et lancé en dernier recourt, alors que l’environnement était déjà extrêmement atteint par leurs propres agissements. Le projet global
était le dernier espoir avant la désertification totale d’une planète auparavant riche de vie.
Le travail de fond avait été colossal. Pour commencer, par touches régulières, sur des centaines d’années, le climat avait été corrigé dans sa globalité. Ensuite
les robots avaient travaillé les sols, redonné un semblant de vie aux océans. Ces derniers n’étant pas stérile, les micro-organismes survivants avaient contribué à accélérer certains processus.
Ils en avaient mis d’autres en péril. Les premières introductions de plantes et d’insectes avaient été délicates. Azur avait assuré une observation constante, rapportant les données au fur et à
mesure auprès de la banque centrale. D’autres modèles robotiques étaient venus en renfort. Il avait lui-même besoin d’effectuer des révisions auprès du système de maintenance pour continuer à
fonctionner.
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