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Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22


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Lundi 7 août 2006
Dans les pas de Roanne - Chapitre 10 "Le conseil des sages" - partie 1 - Tous droits réservés -


16ème jour du troisième mois.

 

Nous avons traîné ce matin, mais je suis retournée aux bains pour le plaisir de retrouver la brume chaude de l’une des pièces réservées aux femmes. J’ai écouté d’une oreille très distraite les conversations qui m’arrivaient aux oreilles. Cela m’a rappelé les cancans échangés au salon de thé des Trois Dragons. Ensuite j’ai fait le vide, profitant de la douce température. Cette détente m’a fait du bien, je marche vers l’appartement d’un pas léger, habillée de vêtements propres. Je monte l’escalier sans me presser, prenant garde à ne pas me prendre les pieds dans ma robe. Tout comme hier soir, je découvre mon frère, Ghislain et Arthus discutant sur les coussins. Il est donc déjà si tard pour qu’Arthus soit déjà présent ? Je souris des excuses, me glissant dans ma chambre pour poser mes vêtements sales.

Ghislain a préparé un apéritif, ce qui nous permet de discuter avant de nous rendre dans une taverne du quartier pour déjeuner ensemble. Cela me permet d’avoir confirmation de ce que j’ai ressenti hier. Arthus et Ghislain s’estiment mutuellement, cela saute aux yeux. Quant à Tristhan, il se positionne bien. Je sens qu’Arthus le mesure, à la façon dont il rebondit sur certaines de ses remarques. De plus, il l’invite régulièrement à développer ses propos. Mon frère répond toujours avec calme, sans se démonter. Il se permet même des touches d’humour qui font toujours mouche. Je me dis intérieurement qu’il s’en tire très bien, fière de lui. Ce sera moins amusant quand Arthus me tombera dessus.

J’ai un instant d’absence, en songeant à l’homme que j’ai tenu dans mes bras, et dont je dois faire mon deuil. Qu’est-ce qui a bien pu clocher chez moi, pour qu’il ne me laisse pas même une chance de me faire une petite place dans sa vie ? Si nous parvenons à instaurer des relations cordiales, j’exigerai une réponse à ce sujet, quand j’aurai le courage de l’entendre. Je sens que mon amour propre va encore souffrir. Il vaut mieux pour l’instant que j’oublie cette histoire avortée. Je ne pourrai demander des comptes à Arthus que si nous nous côtoyons suffisamment pour développer un minimum de complicité, et pour le moment je n’en ai pas envie. J’aimerais bien oublier qu’il existe. Je m’aperçois tout à coup qu’il me regarde, et je remets les pieds sur terre, gênée. Je m’intéresse à mon assiette pour me donner une contenance.

Le déjeuner se termine. Je demande comment nous allons nous organiser pour l’après-midi. Mon frère a encore beaucoup de travail, il a besoin du bureau de l’appartement. Ghislain propose d’aller voir des amis dans un autre quartier, laissant ainsi le salon disponible pour Arthus et moi. Nous l’en remercions.

Pendant que nous revenons vers le logement, Arthus me glisse que les vêtements que je porte iront parfaitement pour l’entrevue. Je le remercie d’un sourire timide. Pour le reste de l’après-midi, je replie la robe, préférant le confort du pantalon en lin et d’une tunique recouverte d’une agréable étole qui m’entoure de douceur.

Je m’en doutais, mais cela me fait tout de même drôle quand Arthus reprend la conversation d’un ton badin pour me préparer à affronter les questions du Conseil.

« Normalement, ils vont nous demander de raconter ce qui s’est passé. Ils recouperont avec les informations qu’ils ont reçues de leur côté. Ensuite devraient tomber les premières questions. Je te l’ai déjà dit, tout ce que nous avons à faire, c’est rester cohérent.

— Jusqu’ici ça me va.

— Cela se compliquera forcément, pour toi Roanne, avec les lutins et la pierre. Ils vont se montrer extrêmement curieux, et tu seras seule face à eux. Ce sera à toi et toi seule de décider ce que tu devras leur dire ou non. Et de juger leurs intentions. »

Je suis profondément mal à l’aise rien qu’en y pensant. Je ne veux pas trahir la confiance que le Petit Peuple m’a accordée. Je ne veux pas risquer un effacement de mémoire en guise de représailles. C’est d’ailleurs étrange car j’étais la permière à vouloir des explications après la guérison du Garde, mais j’ai maintenant envie de protéger la pierre des regards indiscrets.  Arthus me dévisage avec inquiétude.

« Ça va ?

— Oui, c’est juste que ça complique tellement… si nous pouvions juste leur résumer la traque et leur confier les preuves, ça me conviendrais.

— Je m’en doute, mais il faut ajouter ma morsure et la façon dont tu m’as soigné. Je suis persuadé que ça va les intéresser au moins autant que la créature en elle-même. »

Cette fois-ci, je ne peux vraiment pas cacher mon trouble.

« Je ne t’ai pas soigné, Arthus, je n’y étais vraiment pour rien.

— Je n’en suis pas si certain, et je pense que le Conseil voudra en savoir plus. Tu devras leur montrer ton pendentif.

— D’accord pour leur montrer, et expliquer ce qui s’est passé dans le détail, puisque je suis la seule à pouvoir en témoigner. Mais il n’est pas question que je leur laisse la pierre de Niña !

— Niña ? »

Cette fois-ci je me mords la lèvre. Il faut que je garde mon sang froid. Je ne dois surtout pas m’énerver ainsi demain face à des gens influents et érudits.

« C’est le prénom de la lutine qui m’a offert cette pierre. Je ne t’en dirai pas d’avantage, Arthus.

— Je comprends. Même si je suis bien curieux. »

Il n’ajoute rien, se contentant d’un sourire énigmatique. Je vais chercher à boire pour me calmer. Je reviens avec un plateau pour trois personnes, car j’en profite pour servir mon frère, me glissant brièvement dans le bureau sans m’attarder, pour ne pas le déranger. J’ignore ce qu’il étudie, il prend à peine le temps de lever le nez de ses notes pour me remercier. Je ne l’ai jamais connu aussi studieux.

Du coup j’ai un sourire légèrement moqueur quand je reviens vers Arthus, et je partage avec lui la raison de mon amusement.

« Ton frère est posé et toujours aussi motivé. Je n’ai entendu que du bien sur lui.

— J’avoue que c’est le contraire qui m’aurait étonnée. As-tu eu le temps de voir Atalaï ?

— Son étalon ? J’avoue que non, je n’ai même pas eu le temps d’aller aux écuries depuis mon retour. J’ai été noyé dans les papiers. »

Nous reprenons notre conversation principale. J’ai encore de nombreuses questions. Et Arthus des conseils judicieux à me donner. Je l’écoute attentivement. Au fond, il essaye de me rassurer, et me demande juste de ne pas en rajouter dans mes réponses. Je lui rappelle que ce n’est pas ma nature de broder pour me rendre plus intéressante que je ne le suis. Il acquiesce silencieusement, je crois même qu’il y a un petit quelque chose qui m’encourage dans son expression.

Je ne vois pas le temps passer et je me sens maintenant sereine, préparée. Je pourrais aussi bien avoir cinq personnes du style de Dame Clotilde face à moi demain matin, cela ne me fera pas peur. Et même s’ils ne peuvent m’aider, la présence de Thraec et Arthus sera apaisante.

Il faut juste que je reste calme, que je réponde clairement et simplement aux questions posées. Tout devrait bien se passer. J’en suis arrivée à cette conclusion quand Ghislain revient, les bras chargés de victuailles. Arthus accepte une fois encore de rester avec nous, ce qui m’étonne. Je ne le pensais pas aussi disponible. Enfin, c’est sans doute exceptionnel. En attendant que mon frère revienne parmi nous, la discussion va bon train. C’est peut-être ce qui le tire de ses révisions, car il finit par ouvrir la porte du bureau, s’étire et vient s’asseoir avec nous.

La soirée est à l’image des derniers jours. Elle file si rapidement que j’ai à peine le temps de la savourer.

 

17ème jour du troisième mois.

 

Je me réveille et me lève en même temps que les garçons. C’est le branle-bas de combat dans l’appartement, chacun se préparant du mieux qu’il peut, et le plus rapidement possible. Finalement, malgré les échanges de la veille avec Arthus, je sens très vite l’angoisse me faire un nœud dans l’estomac. Je respire plusieurs fois profondément, renonçant à prendre un petit déjeuner digne de ce nom. J’avale le minimum vital, juste histoire de ne pas avoir de faiblesses si l’entretien dur plus longtemps que prévu. C’est étrange, pourquoi est-ce que j’ai si peur de cette entrevue ? Je crois que cela tient principalement à mes relations avec les membres du Petit Peuple. Je ne veux pas me mettre mal avec eux, alors qu’ils m’ont apporté une aide précieuse ces derniers mois. Niña en particulier, et son absence me manque cruellement. Tout comme celle d’Alhia et des membres de ma famille. Il faudra que je fasse attention à ne pas m’accrocher trop à mon frère, à ne pas l’étouffer, sous prétexte qu’il est la seule personne qui me rappelle d’où je viens.

Je repense à la lettre que m’a confié Jocelin et file la récupérer dans ma chambre. On ne sait jamais, j’aurai peut-être l’occasion de la remettre à son destinataire ?

Je soupire une dernière fois, glisse mes pieds dans mes chaussures, m’entoure de mon manteau et sors à la suite de Tristhan et Ghislain. Le temps est gris et froid. J’ai toujours l’estomac noué.

Nous marchons tranquillement, sortant du quartier en direction de la Garde Royale. Mes deux comparses portent leur tenue, et nous sommes rejoins en cours de route par d’autres Gardes et Gardiennes. J’ai la sensation d’être une intruse au sein du groupe qui rentre dans la garde. Je sens de nombreux regards interrogateurs se poser sur moi. Mon frère m’accompagne jusqu’à l’entrée officielle où je retrouve Thraec. J’embrasse le chasseur, ravie de prendre de ses nouvelles. Cela me fait drôle de le voir sans son fidèle compagnon. Il est superbement vêtu, je sens qu’il s’est lui aussi préparé du mieux qu’il pouvait pour l’entretien. Je le présente à Tristhan. Celui-ci ne peut malheureusement pas s’attarder. Arthus arrive juste après son départ.

« Le conseil est seulement dans une heure. Je vous propose de nous rendre à l’Université et de patienter en prenant un kawa. »

Nous acceptons avec plaisir. Nous prenons tout notre temps pour parcourir le trajet, qui longe le parc intérieur d’Aleenor, sur sa façade est. Nous réglons les derniers détails en chemin avant de nous installer devant une boisson chaude. Lorsque l’heure approche, nous traversons les jardins de l’Université. Ils doivent être magnifiques en fleurs. Je me prends à espérer que je resterai assez longtemps dans la capitale pour découvrir son visage quand le printemps redonne vie à la végétation.

Dans l’Université, nous sommes happés par l’ambiance du lieu. De nombreuses personnes vont et viennent. Arthus semble heureusement savoir où il va. Thraec et moi le suivons en toute confiance. En quelques instants, je suis complètement perdue.

        Enfin, nous arrivons devant une belle porte de bois à double battant, devant laquelle nous attendent plusieurs personnes.


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