

« Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Enfin… ce n’est plus comme à une période où j’allais de l’avant en refusant de me poser trop de questions. Les gens vont jaser, ça a même déjà commencé vu la remarque que nous a faite Belvis. »
Évidemment, je n’ose pas dire que je pense de nouveau à mon échec à la Ville-Forte du Haut de Karas quand je parle vaguement d’une période sans la nommer. Arthus se montre cependant intrigué par le deuxième point que j’ai soulevé :
« Cela te gêne que les gens jasent ?
— Non, j’ai l’habitude depuis longtemps, c’est plutôt pour toi que cela m’ennuie. Je n’ai pas envie que ma réputation te porte préjudice.
— Comment peux-tu craindre cela ? Écoute, si je suis venu te demander une nouvelle chance et que tu me l’accordes, ce n’est pas pour entretenir avec toi une liaison dans l’ombre. Il faudra bien que tout le monde comprenne et accepte que nous sommes ensemble. C’est ce que je souhaite, être avec toi sans équivoque. »
Il me dévisage avec insistance, comme s’il attendait une réaction de ma part, mais je reste sans voix. Je n’arrive pas à croire qu’il me demande avec une telle franchise de continuer à ses côtés à la vue de tous. Profitant de ma stupéfaction, il me demande :
« Tu te souviens de cet après-midi au bord de la rivière, quand tu discutais avec ma sœur ?
— Certes ! Je me doutais bien que tu en avais écouté une partie.
— Pas tout… Disons le principal. À Niwerand, ce n’est pas ta réputation qui aurait pu me faire fuir. Je ne suis pas naïf, heureusement pour moi, et j’ai eu tout le loisir d’apprendre à te connaître. Je ne t’ai jamais considérée comme quelqu’un de léger ou comme une garce, contrairement à ce que certains peuvent sous-entendre dans ton bourg. À l'inverse de ce que tu sembles penser, la majorité des gens t’apprécient vraiment là-bas. On m’a presque accusé d’avoir organisé ton enlèvement, ce qui ma foi devient tout à fait vrai. »
Devant mon expression perplexe, il me montre la porte derrière lui, celle de son appartement.
« J’aimerais que tu entres avec moi, ainsi je ne te laisserai pas sortir de cette chambre tant que je n’aurai pas la certitude que nous avons tout remis à plat. Et puis… j’aimerais que nous prenions un peu de temps pour nous, pour discuter et profiter, avant que toute ma famille nous tombe dessus. »
Cette idée suffit à me faire grimacer :
« Ta mère va m’étriper. Ou quelque chose dans ce goût là.
— Il n’y a aucune raison… mais ce n’est pas le moment de parler d’elle, alors oublie-la, d’accord ? »
J’acquiesce sans grande conviction, toujours profondément intimidée par la situation : dans quelques instants nous allons être derrière cette porte, que va-t-il se passer ? Je passe nerveusement mon poids de ma jambe gauche sur la droite, indécise. Arthus se rapproche alors de moi et me prend le visage entre ses mains avec une grande douceur. Il se penche pour m’embrasser et je le laisse faire, appréciant la chaleur de ses paumes sur mes joues. Sa langue caresse mes lèvres puis glisse sur mes dents, je frissonne longuement avant de céder, enfin. Je réponds à son baiser, je m’agrippe à lui de ma main valide, effrayée à l’idée qu’il puisse me lâcher car je ne tiens plus debout. Je sens alors les doigts d’Arthus glisser jusque dans mes cheveux pendant que nos langues se trouvent pour entamer une danse lente et sensuelle. Je tente de me concentrer pour conserver la maîtrise de ma respiration. Nous sommes en plein milieu du couloir, j’en ai conscience et pourtant cela me paraît soudain totalement secondaire. Seul compte cet échange grisant avec Arthus, cette joie de sentir que je n’avais pas embelli les souvenirs de cette nuit lointaine que nous avons partagée. Il m’attire tout doucement à lui, en direction de sa chambre qu’il tente d’ouvrir en grognant un peu car il lui est difficile de le faire sans me lâcher. Je continue à l’embrasser tout en souriant de son impatience : nous entrons enlacés. Alors seulement il me libère de sa douce étreinte, ferme la porte, la verrouille et s’appuie contre elle en me dévisageant :
« Je ne te laisse plus sortir…
— Ce qui compte, c’est que tu m’aies convaincue d’entrer.
— Certes… Je te fais visiter ?
— Avec plaisir.
— Je te préviens, c’est modeste.
— Je vois ça, autant que mon nid aux Trois Dragons… »
Ma raillerie m’a permis de lui voler un sourire : sa chambre à Montay mérite bien le nom d’appartement, elle possède un cabinet de toilette et ressemble, en plus cossu, à ce que j’ai loué à Aleenor. Elle est meublée de façon sobre mais avec facture, décorée pour offrir une ambiance masculine et confortable. Seules les quelques affaires qu’Arthus s’est autorisé à laisser traîner indiquent qu’une personne loge ici car c’est finalement un lieu plutôt impersonnel. Je suppose qu’Isabelle a fait disparaître toute trace de l’enfance et de l’adolescence de son fils, elle lui a aménagé une garçonnière adulte adaptée à ses rares séjours. Cela n’a au final rien à voir avec ma chambre dans les combles de la taverne de mes parents. Le rire d’Arthus me remet soudain les pieds sur terre :
« Satisfaite du tour du propriétaire ?
— Oui, il y a un fauteuil et c’est tout ce dont j’ai besoin actuellement ! Mais… je préfère quand même ton chez-toi à Aleenor, il te ressemble plus. »
Il me regarde étrangement pendant quelques instants et déjà je me sens rougir sous l’examen. Il trouve peut-être que je saute les étapes, en sous-entendant ainsi que je serais mieux chez lui ? Alors que ce n’est pas ce que je voulais exprimer, du coup je me sens obligée de me rattraper :
« Je voulais juste dire que j’aime bien tes goûts, rien de plus.
— C’est ainsi que je l’ai compris. On se met à l’aise ?
— Ce n’est pas de refus… seulement… je ne peux rien faire seule.
— Tant mieux… »
La spontanéité de la réponse m’arrache un rire que j’étouffe aussitôt. Je regarde Arthus retirer sa veste, ses chaussures. Il ne s’arrête pas là et je me rince l’œil avec délectation, surtout lorsqu’il tombe la chemise. Je m’égards quelques instants à la vision des traces laissées par la morsure de cet hiver : la peau a conservé une teinte différente jusque sur la poitrine. Il capte alors mon attention, petit rictus au coin des lèvres :
« À ton tour de te dévêtir un peu, il n’y a pas de raison. »
Il m’aide à me déshabiller avec des gestes d’une grande douceur, attentif à ne pas me faire mal. Il en profite pour m’embrasser les épaules, le cou et j’en redemande, avide de cette intimité à laquelle j’aspire plus que tout. Il hésite juste pour le bandage qui me sert la cage thoracique mais je le rassure :
« J’aimerais me rafraîchir un peu, ce serait plus confortable si tu pouvais me retirer ça. »
Sans ajouter un mot, il déroule le bandage, puis me retire le peu de sous-vêtements qu’il me reste. C’est ainsi que je me retrouve nue devant lui, il ne me reste que mon attelle et les bijoux qu’il m’a presque obligée à porter pour la soirée du solstice. Il me les retire et les pose en sûreté sur un coffre puis me prend la main et m’entraîne dans son cabinet de toilette. De l’eau propre et du savon sont à notre disposition, ainsi qu’un baquet dans lequel nous nous installons debout l’un devant l’autre. Arthus utilise une éponge pour nous laver et nous rincer, à tour de rôle. La température est si douce en cette saison que nous n’avons pas froid, mes frissons sont d’une toute autre nature, surtout lorsqu’il glisse l’éponge entre mes cuisses en prenant tout son temps. Il n’y a aucune innocence dans son geste. Il s’accroupit alors dans le baquet pour passer l’éponge le long de mes jambes et je note, troublée, que son regard se fait gourmand quand il relève le visage vers moi. Je commence à comprendre ce qu’il a dans la tête et je secoue la mienne avec une expression presque suppliante. Il me répond d’un grand sourire avant de diriger son attention vers mon intimité, s’agenouillant devant moi pour stabiliser sa position. Sa langue me caresse doucement, voluptueusement et je sens des frissons violents me parcourir. J’ai l’impression encore une fois que mes jambes ne vont pas me porter et je passe une main tremblante dans ses cheveux tout en essayant de conserver mon équilibre, me mordant furieusement une lèvre déjà bien mise à mal. Je tente de réprimer des gémissements qui me font monter le sang aux joues.
Arthus fini par lâcher cette fichue éponge et pose ses mains humides sur mes fesses. Je dois maîtriser ma respiration… je dois… maîtriser… ma… Oh ! Mille grimoires, que c’est bon !
Je constate au comble de la confusion que je me suis exprimée à voix haute, ce qui a pour résultat de déconcentrer un peu Arthus : il me regarde avec un sourire satisfait. J’en profite pour glisser ma main sur son visage puis derrière sa tête, l’attirant vers moi. Par chance il accepte ma demande silencieuse et se redresse pour me dominer de nouveau de toute sa taille et je me blottis contre lui en faisant attention : nos échanges lui ont donné des émotions qu’il serait bien en peine de cacher, je crains de lui faire mal. Il me caresse le dos, ses mains accrochant un peu ma peau humide. J’essaye de lui expliquer à voix basse que nous allons trop vite et que je ne suis pas en état pour cela. Par chance, il se contente de me serrer un peu plus contre lui avant de me libérer. Il s’essuie les pieds avant de fouiller dans une commode pour en sortir deux chemises et un caleçon. Il s’habille rapidement, cachant sa virilité émoustillée, puis m’aide à passer le vêtement qu’il a prévu pour me dépanner. Il est tellement grand qu’il m’arrive à mi-cuisse. Je n’enfile aucun sous-vêtement et je ne réclame pas mon bandage. Je me sens bien dans cette semi-nudité.
Arthus m’aide, toujours sans un mot, à sortir du baquet pour me sécher les pieds à mon tour. Il soupire profondément et s’interrompt un instant, avant de m’avouer :
« Cela fait des semaines que je rêve de pouvoir m’occuper de tes pieds. C’est idiot mais après tout ce que j’ai partagé avec toi, j’en suis venu à avoir une affection toute particulière pour eux. Je sais que tu n’es pas en état de… enfin tu m’as compris, mais cela ne nous empêche pas de passer du temps ensemble et d’apprendre à nous connaître.
— Je comprends ce que tu veux dire et je suis bien d’accord, mais là j’ai vraiment besoin de repos.
— Moi aussi. Enfin, pour en revenir à nous deux, j’estime que j’ai quatre mois à rattraper, seulement je ne suis plus à quelques semaines près. Je veux te découvrir mais nous ne passerons à des choses plus sérieuses que lorsque tu te sentiras prête.
— Je crois que tu n’as pas le choix, de toute façon. Cependant j’ai une bonne nouvelle : cela devrait arriver plus vite que tu ne le crois.
— Comment cela ?
— Il faut vraiment que je te raconte ce qui m’est arrivé cette nuit.
— Tu ne veux pas d’abord prendre du repos ?
— Non, j’ai peur d’en oublier la moitié et tu m’en voudras si j’attends encore. »
Commentaires Récents