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Je vous invite dans mon univers avec sa touche fantasy - fantastique assumée, y compris dans les cuisines et dépendances. Merci de ne pas poser vos pieds sur la queue des chats ! Pour tout savoir sur la bannière, cliquez ici.



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Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22


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Samedi 22 septembre 2007
Dans les pas de Roanne - Chapitre 18 "Solstice d'été" - Partie 1 - Tous droits réservés -




28ème jour du sixième mois

 

 

La bibliothèque est un ravissement, je me demande encore pourquoi Arthus et sa famille ont attendu si longtemps pour m’en parler, car j’aurais pu m’occuper des heures entières avec les ouvrages accumulés sur des générations. Le Garde n’y a tout simplement pas pensé, je m’en doute, quant à ses proches ils ignoraient que j’étais à ce point fascinée par les livres. Je m’imprègne de leur odeur sous les hautes voûtes de pierre, je tente de comprendre le mode de classement, je caresse les couvertures du bout des doigts. Du moins celles qui sont à portée de main, car j’avoue que je ne peux toujours pas lever mes bras, pas même celui qui est valide, tant mes côtes me font encore souffrir. C’est d’ailleurs une véritable torture de retirer ou mettre mes vêtements, me laver ou me faire bander la cage thoracique. De plus, je ne peux faire aucun de ces gestes seule, Fanny m’aide et je ne trouve aucun plaisir à être aussi dépendante. En repensant à cette chute que je n’ai pas su éviter, six jours plus tôt, j’ai aussitôt un nœud angoissé qui se forme dans mon estomac.

Trois mois, je dois rester à la charge de la famille de Montay trois longs mois, même si l’Aberration se remet en route. Arthus n’en a pas parlé, pourtant il faudra bien faire quelque chose et je tremble à l’idée que mon frère, Oedun et Paulin doivent se débrouiller seuls avec la recherche de la créature, tout en ayant à gérer les problèmes d’ordre politique qui viennent se greffer sur cette histoire. Si je n’étais pas encore assommée par les médicaments, je crois que j’aurais vraiment du mal à supporter cette situation, j’en dormirais mal. Je vis dans une inquiétude presque constante à l’idée que je serai inapte, à cause de mes fractures, à reprendre la traque que j’ai commencée. Je n’avais pas vraiment conscience de l’importance que cela a pris dans mon existence, je me sens responsable et je n’ose pas en parler à qui que ce soit. Heureusement que la vie de château est loin d’être désagréable, je m’adapte de mon mieux aux obligations pour me faire la plus discrète possible, profitant des privilèges qui me sont offerts en étant accueillie dans un environnement aussi confortable.

J’essaye de cacher ce qui me trouble depuis hier, je garde le sourire aux lèvres, enthousiaste lorsque l’on me propose quelque chose. Ce fut le cas ce matin au sujet de cette bibliothèque, dont Arthus s’est soudainement souvenu en découvrant ma mine atterrée à la vue du nouvel orage qui se déchaîne sur Montay. Depuis ce matin, le ciel est d’un sinistre gris ardoise et la pluie tombe en rafale, sublimée par de puissants éclairs.

J’attends donc d’être seule pour me laisser aller, me mordillant les lèvres et fronçant les sourcils et j’ai malheureusement été surprise dans cet état par Fanny ce matin. Elle est entrée si doucement dans ma chambre que je ne l’ai pas entendue arriver. Voyant ma mine soucieuse elle m’a demandé si j’étais souffrante, ce à quoi j’ai répondu que tout allait bien en me composant de mon mieux un visage avenant. Mais visiblement elle n’en croit rien et je suis persuadée qu’elle a rapporté cet épisode à Madame de Montay dès qu’elle m’a quittée, après m’avoir aidée à me toiletter et me vêtir.

Arthus m’a expliqué la raison pour laquelle il demande toujours avec douceur à la jeune fille de nous laisser quand il veut discuter avec moi : elle a une excellente mémoire et elle est très proche d’Isabelle. Le message du Garde était suffisamment explicite : sa mère a placé Fanny à mon service pour conserver un œil sur moi. Vu l’accueil qui m’a été fait il y a presque un mois, je crois pour ma part qu’Isabelle se méfie toujours de ma personne. Chaque fois qu’Arthus congédie la jeune servante, je n’imagine que trop bien les conclusions qu’elle peut en tirer. Ce souci supplémentaire n’arrange pas mon état, c’est une inquiétude de plus dont j’aurais préféré me passer. Pour donner le change, je ne cherche absolument pas la compagnie d’Arthus et je compte m’arranger pour qu’il y ait toujours une personne présente lorsque nous passons du temps ensemble.

J’avoue que la compagnie que j’apprécie le plus est celle de Belvis et de Geneviève, avec eux il n’y a pas de qui pro quo possible et je peux dialoguer avec naturel. Alors que mes relations avec Arthus deviennent vraiment trop complexes et j’admets que je ne maîtrise plus rien. J’ai envie d’être près de lui, sa simple présence me rassure, mais je ne dois pas m’encourager à la rechercher. J’essaye de cacher à tous ce que je ressens, à savoir des sentiments d’une violence dont je ne me serais pas crue capable. En compagnie d’Arthus, je souffre de ne pouvoir le toucher, en son absence c’est encore pire. Lorsque je côtoie cet homme, rien ne me fait plus plaisir que ses regards attentifs et les rires que j’arrive parfois à provoquer chez lui : je les trouve merveilleux, ils me réchauffent mieux que n’importe quelle liqueur.

Mais je sais très bien que s’il apprécie lui aussi ma présence, c’est à la fois par amitié et intérêt. La conversation d’hier en est une preuve supplémentaire et derrière l’inquiétude qui me ronge, juste atténuée par les drogues dont je continue à m’abreuver, il y a une détresse, une douleur, qui se sont logées au fond de moi. Depuis hier j’ai continuellement envie de pleurer et c’est dans cette faiblesse que Fanny m’a surprise. Je m’oblige donc à m’endurcir, d’autant plus que je ne suis même pas en état de verser des larmes, les sanglots secouraient douloureusement mes côtes brisées. Quand je suis seule et que je sens monter le malaise, je serre les dents ou me mords les lèvres et j’attends que cela passe.

C’est d’ailleurs ce que je fais alors que je continue à caresser les livres avec affection, lorsque je m’aperçois que je ne suis plus seule dans la pièce. Je me retourne doucement et je pose les yeux sur Laus que je salue avec un sourire convenu. Il est revenu à Montay ce matin en compagnie de Camille et l’artiste m’apparaît définitivement comme la créature la plus exubérante que j’ai jamais croisée. Je suis persuadée que les lutins l’adorent particulièrement, même Oedun a l’air presque commun à côté de lui, alors que le poète n’est déjà pas de tout repos. Le peintre sculpteur de la famille de Montay me gratifie d’une magnifique révérence complexe et subtile, une véritable salutation de courtisan. Je hausse un sourcil amusé mais nullement ravi : j’admets que je n’arrive pas à lui faire confiance de la même façon qu’à Oedun et Paulin, bien qu’il ait aussi le Talent. À la façon dont il me regarde, pendant un bref instant avant de se redresser avec une grâce féminine, je comprends que Laus joue un rôle.

En réalité il ressemble trop à Arthus et Isabelle, tout en prenant soin de se cacher derrière un personnage d’une frivolité telle que le commun des mortels le sous-estime. Je me demande un bref instant si je deviens trop méfiante ou si je n’ai pas réellement saisi, le temps d’un échange de regard, l’essence de ce personnage. La seule chose dont je suis certaine, c’est qu’il n’a pas l’air de véritablement m’apprécier. Pour être honnête, sa révérence n’est que moquerie, peut-être même une façon de me rappeler quelle est ma véritable place. Je n’arrive pas à cerner Laus et si tout le monde le trouve original et amusant, pour ma part je le trouve inquiétant.

Heureusement, nous sommes rapidement interrompus pour être invités à dîner. Je songe que demain, si le temps reviens au beau, je descendrai de nouveau à la rivière et cette fois j’aurai un livre qui me permettra de m’occuper sans être obligée de faire la conversation ou pire, de parler de sujets trop personnels.

 

 

29ème jour du sixième mois


 

Arthus et une partie de sa famille me cachent quelque chose, je suis incapable de déterminer d’où me vient cette certitude mais elle est encrée en moi depuis le repas que nous avons partagé hier soir. Tout a commencé lorsque j’ai demandé le plus innocemment du monde à Camille si elle n’avait pas croisé mon frère et l’ensemble des personnes qui l’accompagnaient. Cela me paraissait probable vu qu’il faut une huitaine de jours pour effectuer le trajet et qu’il me semble plus pratique d’utiliser l’itinéraire le plus direct, j’en ai donc déduit qu’ils avaient emprunté le même. Pourtant, il y a eu un instant de gêne autour de la table, un échange de regard entre la jeune femme et son cousin, avant qu’elle ne me réponde, avec un sourire charmant et confondant de naturel :

« Il semblerait que la troupe de Maître Habertii soit passée par une autre route car nous ne les avons pas croisés. C’est d’ailleurs en arrivant ce matin que j’ai appris qu’ils étaient retournés à Aleenor. Je suis la première déçue de les avoir manqués. »

Certes, confondante de naturel, habituée qu’elle est à naviguer à son aise au milieu des Chanceliers. Mais elle mentait, j’en suis persuadée. Je suis tout autant persuadée qu’elle n’a pas eu l’occasion de s’entretenir avec Arthus car les orages d’hier nous ont contraint à rester dans le château et Geneviève a passé tout son temps avec sa cousine. C’est pourquoi je suis sur le qui-vive ce matin, tout en finissant mon déjeuner : je vais tenter de suivre Arthus si je le vois s’isoler avec ses cousins. Je sais très bien qu’il va m’en vouloir s’il apprend que je me suis mêlée de ses affaires, mais pour le moment j’ai surtout l’impression que c’est lui qui fait de la rétention d’informations au sujet des miennes. Je m’estime dans mon droit et je me fiche des conséquences. Ce qui peut avoir un sens pour lui peut en prendre un autre pour moi, j’ai besoin de savoir. J’y pense depuis hier, j’ai conscience que certaines vérités sont difficiles à entendre : la preuve en est de la réaction de mon frère qui semble grandement perturbé par les souvenirs qu’il recouvre. Est-ce vraiment me protéger que de refuser de m’en parler ?

Je ne le crois pas, je suis même persuadée que c’est encore pire car j’angoisse peut-être inutilement et je suis contrainte de me mettre dans une situation désagréable de fureteuse pour obtenir ce que je veux. Cependant, lorsque je vois Arthus se lever, suivi peu après de Camille, je reste à ma place en faisant mine d’avoir mon thé à finir. Enfin Laus se lève à son tour et j’écoute le claquement des fers qui protègent ses semelles lorsqu’ils heurtent la pierre. Je n’aurai aucun mal à le suivre sans me montrer : je sors discrètement après avoir m’être excusée, prétextant un besoin de repos supplémentaire. Cette excuse passe-partout est excellente : personne n’aura l’idée d’aller vérifier si je suis bien dans l’appartement bleu, de peur de me déranger inutilement.

Je suis Laus à l’oreille, tout au long de couloirs, d’escaliers, avec l’impression que nous faisons des détours : il embrouille les pistes au cas où un membre du personnel curieux serait derrière lui. Mais ses chaussures le trahissent et je suis bien décidée à le talonner jusqu’au lieu où ils se sont donnés rendez-vous avec Arthus et Geneviève. Je marche avec discrétion par rapport à lui, mes sandales chuintent à peine et je prends l’air de quelqu’un qui se promène, faussement innocente, afin de ne pas éveiller les soupçons si je croisais quelqu’un. J’arrive finalement à un couloir qui m’est familier, écoutant les pas de Laus qui claquent sans que je puisse l’apercevoir puis laissent la place au silence. C’est alors que mon regard se pose sur la tapisserie dont je m’approche à pas de loup. Je me glisse derrière et je retrouve le petit escalier camouflé que je monte en silence, comme je l’avais fait il y a près d’un mois. Je suis persuadée que cette fois-ci la porte n’est pas fermée à clé en haut. J’espère pourtant que ces cachottiers l’ont tirée derrière eux, de façon à pouvoir écouter leur conversation sans risquer de me faire remarquer. Je croise aussi les doigts pour qu’ils aient le bon goût de prévenir avant de descendre, afin de me laisser le temps de m’enfuir ni vue ni connue.


suite

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