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Je vous invite dans mon univers avec sa touche fantasy - fantastique assumée, y compris dans les cuisines et dépendances. Merci de ne pas poser vos pieds sur la queue des chats ! Pour tout savoir sur la bannière, cliquez ici.



Corrige-toi, CoCyclics t'aidera !



Pour marcher "Dans les pas de Roanne", c'est par ici !

Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22


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Samedi 21 juillet 2007
Pour ce début de week-end, un petit texte que je n'ai pas été capable d'écrire dans les temps pour un AT, mais que j'ai quand même un peu amélioré grace à l'aide des reinettes de la mare CoCyclics. J'espère que le résultat vous plaira !


  Je la regarde en douce, prisonnier de mes propres contradictions. Je l’estime et la déteste tout autant, affectant l’indifférence face à son admirable ballet. J’admets bien volontiers que mon cœur déborde d’émotions. Pour ce qu’il en reste…
    De son côté tout n’est que froideur et calculs conspirateurs. Il me faut toute ma volonté pour dissimuler à quel point la perfection de la chorégraphie de ma Dame m’exalte. Je n’ai cependant plus la moindre illusion, elle me connaît depuis si longtemps qu’elle lit en moi le marasme sentimental que sa présence m’inspire. Je ne fais que sauver les apparences face aux autres, ces Cavaliers qu’elle envoie au front et ses Fous aux excentriques révérences.
    Je n’éveille en elle que le profond mépris de ma condition, figée depuis toujours par des règles auxquelles nous nous plions. Oublieux de nous-mêmes, nous sacrifions nos sorts à un devoir si lourd qu’il pèse sur mes épaules et me diminue. J’ignore par quel miracle elle parvient à conserver cette légèreté, virevoltant en usant de tous ses droits, précédée de son aura de pouvoir. Pour ma part je me suis laissé écraser par ma propre importance, incapable de faire davantage qu’un pas en avant, un pas en arrière. Je soupire avec lassitude alors que ma Dame repousse sans cesse ceux qui viennent me harceler, sans motivation autre que ses obligations. J’en viendrai à la haïr d’être à ce point dépendant de ses talents.
    Je m’avoue caressé par l’envie de devenir un de ces pions sur lesquels elle se penche de toute sa hauteur, tour à tour protectrice et manipulatrice. Leur ignorance les protège, leur naïveté entérine leur sacrifice. C’est le regard plein de gratitude qu’ils se dévouent avec abnégation. L’aveuglement de leur condition me serait-elle préférable à la conscience de la mienne ?
    Ma Dame se tourne vers moi un instant, puis repart dans sa gracieuse danse, mortelle pour qui ne sait l’arrêter. J’observe ces adversaires, ces ennemis, aussi subjugués que nous autres éparpillés sur le plateau. Je ressens leur amertume et leur désir qui font échos aux miens. Ils feront tout pour précipiter sa chute, pour la piéger dans les plus fins filets que leur stratégie leur permettra de tisser. Alors je chercherai inutilement de la compassion dans le regard froid de mon alliée, contenant avec peine ma panique, car je sais ce que cherchent nos Némésis. J’emploie toute ma lâcheté à me cacher derrière mes Tours.
    Les ennemis s’en prennent à ma Dame, cherchent à abattre sa grandeur, mais ce n’est qu’une étape pour atteindre leur objectif. Pour la contrer tous les coups sont permis, ils n’hésitent pas à se montrer fourbes et mesquins, usant des règles à leur avantage. Elle vacille.
    Car ma toute puissante Reine n’a pour destin que celui de me protéger. Au final nous le savons tous : pour remporter la partie, c’est au faible Roi qu’il faut faire échec.
    Je le sais de longue date, peut-être me l’a-t-on inculqué à cet âge tendre où l’on croit encore un jour enlever sa princesse sur un cheval blanc, pour l’entourer de douceur et d’affection. Mes rêves ont été brisés sciemment afin de m’enfermer dans le carcan de ma charge avant que je puisse en prendre conscience. Il m’arrive encore de me demander, lorsque je tente de m’approcher de ma troublante Dame, ce qu’il en fut pour elle. Lui avait-on laissé quelque illusion sur les possibilités de son avenir ? Jamais elle ne s’est suffisamment épanchée pour que je puisse aborder le sujet, car sans cesse elle se maintient en mouvement, distante. Je suis cependant certain qu’on lui a appris tôt comment user et abuser de son pouvoir. Elle ne le fait que trop bien et sa maîtrise des arcanes me subjugue. À moins que je ne me fourvoie une fois de plus : peut-être sait-elle d’instinct de quelle façon mener la danse ? Son esprit est à ce point au-dessus de celui du commun que je ne saurais m’en étonner.
    Qu’elle déception fut la sienne, je n’en doute pas, lorsqu’elle posa les yeux la première fois sur celui qu’on lui avait choisi pour Roi. Avait-elle déjà la démarche aussi hautaine ou s’est-elle par la suite dissimulée derrière, afin de combler le vide laissé par l’anéantissement de ses derniers rêves ? S’attendait-elle à cela, cette grande et fière Dame ? Je ne me souviens plus. Toujours est-il que je découvre à chaque tour, dans son froid regard, l’absence d’indulgence que je lui inspire. Je n’ai pas son courage et cela elle ne me le pardonne pas. Le ballet se poursuit, chacun se place au mieux, les courtisans cherchent à s’attirer les grâces de celle qui les domine. Mais ils sont incapables de suivre le rythme qu’à tous elle impose, ce qui me remplit de contentement sournois. De leur côté les ennemis guettent un faux pas, mais elle leur laisse peu d’espoir. Je ne sais plus où me positionner moi-même, j’ai si peu d’espace dans lequel m’exprimer.
    Un instant je tremble lorsque leurs basses manœuvres portent leurs fruits, mettant en péril ce qui reste la plus belle pièce de ce tableau. De nouveau elle vacille. Est-ce de l’impatience de ma part, reflet de ma hâte que cette mascarade se termine ? Ou bien intérêt sincère, début de conscience des affligeants désordres qui suivraient notre chute ? Je tremble. Je me suis toujours trouvé si lâche de ne pas aider ma Dame dans ce sacerdoce que constitue la lutte continuelle pour maintenir l’équilibre. Il est regrettable que l’on ne m’ait pas insufflé quelque ambition pour me donner l’envie de faire front. Seulement rien n’est fait pour m’encourager, tout n’est que pied-de-nez pour se moquer et me démontrer ma propre futilité. J’ignore toujours comment un Roi peut se montrer si navrant, je laisse les Fous autour de moi s’affliger dans leurs pathétiques pantomimes.
    Quelle que soit leur opinion je ne suis pas innocent, je porte une vision critique sur ce plateau où tous les enjeux se heurtent, tour à tour contrariés ou confortés. Alors je me détache, persuadé que tout n’est qu’une vaste plaisanterie. Sans perdre de vue ma Dame je prends l’initiative et me déplace. Un pas en avant, un pas en arrière, mais essayant pour la première fois de suivre l’ensemble. Je trouve soudain de l’intérêt à essayer d’anticiper ses inspirations afin de placer mes pas dans les siens au plus juste moment. Son regard croise le mien, il s’y allume une lueur inconnue, ma Dame serait-elle intriguée ? Je ne perds pas mon temps à tenter de lui expliquer à quel point je trouve soudain amusant de me frotter à cette vaste fumisterie. Il n’est pas important que nous ayons les mêmes motivations, seul compte l’aboutissement : il nous faut gagner la partie. Elle pourra ensuite continuer à me mépriser à loisir, j’aurais le contentement d’avoir changé la donne, je ne veux plus être la source principale de ses contrariétés.
    Je connais si bien ma Dame que quelques tours me suffisent pour m’accorder à son ballet. Toujours aussi hautaine, elle accepte ce secours qu’elle n’attendait plus sans se montrer davantage étonnée. Elle en tire rapidement parti et modifie subtilement les bases de sa mortelle chorégraphie. Si j’en étais le point central, à la fois pilier et faiblesse, j’en suis maintenant acteur. Je tourne autour de ma Dame, plus hilare que les Fous, plus endurants que les Cavaliers, plus solide que les Tours. Je ne me montre cependant pas aussi inconscient que les Pions. Je gravite de case en case avec circonspection, sans demander à ma Dame de changer puisque sa froideur est un manteau rigide qui mieux que tout la protège. Je l’accepte pour ce qu’elle est, puisque de son côté elle n’a pas éconduit mon maladroit concours.
    Je me surprends à espérer que cette danse se prolonge, j’intrigue en ce sens. Je deviens force de proposition créative tandis que ma Souveraine conserve ses prérogatives. Conservant son aspect si insensible, ma Dame lie son destin au mien, nous nous découvrons complémentaires, plus forts de nos différences. Il est temps d’oublier nos méprisables querelles pour regarder dans la même direction. Peut-être un jour tombera-t-elle le masque et me dévoilera-t-elle la femme qu’elle cache. Pour obtenir ce résultat, je redouble mes efforts, la confortant dans l’idée que j’assume bel et bien ce qui avant m’étouffait. Elle a si longtemps dansé avec sa solitude pour toute compagne, elle mérite que je mette à bas les chaînes qui m’étranglaient et m’empêchaient de l’aider. Il n’est pas là question de sentiments mielleux, mais d’implacable logique politique. Nous l’abordons chacun à notre façon, elle a pour armes sa présence et ses conspirations quand je ne prends plus rien au sérieux. J’exulte quand je vois apparaître dans ses yeux une lueur amusée.
    Ma Dame, ma Belle, ma Reine… et si nous changions les règles ? 

...
 
 
publié dans : Scribouilles communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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