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Je vous invite dans mon univers avec sa touche fantasy - fantastique assumée, y compris dans les cuisines et dépendances. Merci de ne pas poser vos pieds sur la queue des chats ! Pour tout savoir sur la bannière, cliquez ici.



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Je vous souhaite par avance une bonne lecture.


(illustration : Alda)

Ch. 1 "Mutine lutine"
Ch. 2 "Tristhan et Atalaï"
Ch. 3 "La routine mon amie"
Ch. 4 "L'auberge (...)"
Ch. 5 "Une nouvelle (...)"
Ch. 6 "Altération"
Ch. 7 "Les plateaux de l'Ars"
Ch. 8 "La morsure"
Ch. 9 "Aleenor la grande"
Ch. 10 "Le conseil (...)"
Ch. 11 "La bibliothèque"
Ch. 12 "Le chancelier"
Ch. 13 "Quelques brasses"
Ch. 14 "Soirée royale"
Ch. 15 "Droit vers l'est"
Ch. 16 "Apparaître et..."
Ch. 17 "La chute"
Ch. 18 "Solstice d'été"
Ch. 19 "Convalescence"
Ch. 20 "La source"
Ch. 21 "La poursuite"
Ch. 22


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Dimanche 30 octobre 2005

Dans les pas de Roanne - Chapitre 1 "Mutine Lutine" - partie 2 - tous droits réservés -


Dernière correction datée du 09/09/06.

Je sens une délicieuse odeur me chatouiller le nez.

Terrible… je dirais… un sauté d’une quelconque viande bien tendre accompagnée de légumes rôtis. Alors, bœuf ? Veau ? Arwanc ? Mouton ? Je me réveille rapidement, beaucoup plus facilement que ce matin, avec une très forte envie d’identifier moi-même l’origine de la viande composant le festin qui régale les clients de l’auberge.

Nous proposons un plat unique, mais quel plat ! J’en salive d’avance, pendant que je fais un brin de toilette. J’en profite pour remettre de l’ordre dans ma chambre. Evidemment, les choses diverses et variées que j’ai acquises ne se sont pas rangées toutes seules. C’est bien dommage d’ailleurs.

Quand je me sens prête, je descends par l’escalier privé directement dans la cuisine. Je prends alors l’ambiance en plein visage. Tout le monde s’active… c’est l’heure de pointe. Une autre odeur, plus sucrée, s’est mêlée à celle qui m’a fait revenir dans le monde matériel. J’entends des bruits ténus de conversations, des rires, qui prennent de la substance à chaque fois que la porte de service s’ouvre, pour être de nouveau étouffés lorsqu’elle se referme.

Mon estomac grogne son impatience, et je me glisse entre les plans de travail pour aller me chercher de quoi me caler.

Je prends une assiette creuse dans un placard et me sers directement, dans l’indifférence générale. Je pique un morceau de pain, un cruchon de cidre, et je sors dans le potager manger en plein air. Il fait très doux pour la saison, c’est extrêmement agréable…

L’odeur des cuisines est remplacée par celle de l’herbe qui n’arrive plus à sécher à cette époque de l’année. Nous approchons de la fête des morts, voilà pourquoi l’auberge tourne bien en ce moment. Il s’agit d’une vieille tradition qui remonte si loin que nul n’en connaît l’origine. Du moins, je n’ai rencontré personne qui la connaisse. Cette fête se prolonge sur une semaine entière, et permet à des familles de se retrouver une dernière fois, avant le changement d’année. Beaucoup de gens font une pause pendant la Mort-Thomb. La quasi-totalité des activités tournent au ralenti, à l’exception de la notre.

Je m’assoie sur le perron en pierres, au soleil. Je ferme un peu les yeux, profitant de cette chaleur inattendue. Je remarque qu’il y a encore des oiseaux qui chantent, et je les écoute distraitement. Me souvenant de mon assiette, je sors de ma torpeur et déguste son contenu, bien aidée par le cidre frais. C’est un délice, le cuisinier a encore assuré. Son sauté de bœuf est parfaitement assaisonné.

Je repose discrètement ma vaisselle dans le bac de lavage et ressort en passant par le verger. Il restera bien une pomme à grignoter en me rendant aux écuries de Maître François.

Quelques minutes plus tard, je traverse l’esplanade qui mène au manège, sous le regard endormi ou curieux des montures de l’écurie. Il y a des chevaux, bien sûr, mais aussi deux dragons végétariens, qui valent à eux-seuls une vraie fortune. Les dragons carnivores ne peuvent être logés avec des chevaux. Les pauvres équidés deviendraient fous de terreur.

Je repère la couleur chaleureuse des cheveux tressés de Tristhan.

C’est un jeu entre nous… je me moque de ses cheveux qui auraient virés carotte s’ils n’étaient pas si foncés, et lui me répond que c’est entièrement de ma faute, que je lui ai déteint dessus. Cheveux foncés aux reflets rouges, peau légèrement mate et yeux presque noirs. Nous nous ressemblons tellement que personne n’a jamais mis en doute notre lien de sang. La population de notre comté de Kaldwell présente plutôt des chevelures blondes ou châtain, une peau de couleur claire, et les yeux bleus sont communs. Objectivement, Tristhan et moi ne pouvons passer inaperçus ni dans le bourg, ni dans ses alentours.

Je n’ai pas besoin de l’appeler, il m’a vue et s’avance déjà à grandes enjambées souples. J’ai de la chance, il ne me reproche pas mon retard. Nous allons directement vers la Haute Ecurie, où sont hébergés les meilleurs chevaux.

«  Elle te va bien cette robe ! »

Mon sourire s’agrandit. Je porte un vêtement rapporté d’Agarand, qu’une couturière a parfaitement ajusté à ma taille.

« Ca me fait plaisir que tu prennes le temps de passer me voir. Je vais avoir du travail avec le nouveau. Je compte sur toi pour me dire si je progresse ou pas dans les prochaines semaines.

— Tu veux dire que cette bête te donne des soucis ?

Il est rare que le débourrage d’un jeune étalon inquiète Tristhan.

— Ce n’est plus un poulain. C’est un entier qui a déjà été monté, mais mal. Je ne sais pas quel est le crétin qui l’a eu avant, mais il a presque réussi à le casser. Il va me donner de la peine je pense.

— C’est la première fois que je t’entends parler ainsi. »

J’ai de la fierté dans la voix, Tristhan me fait vraiment confiance pour m’avouer une chose pareille. Je poursuis :

« En tout cas, Maître François te fait une belle preuve de confiance, non ?

— Oh oui ! Si ça se passe bien, je double la valeur de cet étalon.

— Pas mal !

— J’aimerais vraiment avoir une monture de cette qualité à moi, un jour… viens voir, il est dans le manège.

Celui-ci sert de lieu d’entraînement aux cavaliers. Nous contournons la Haute Ecurie, dont les boxes l’entourent.

— Ooooh, ma beauté…

Le compliment est sorti de mes lèvres sans que je songe à le retenir.

L’animal est superbe. Le rêve de Tristhan se tient devant nous, fier, d’un noir de jais, parfaitement proportionné, avec une poitrine découplée et puissante, et une croupe bien musclée. Le dos est court, la queue fièrement relevée, il a une jolie tête fine aux oreilles mobiles en clair de lune, de grands yeux bruns… et il se jette sur nous !

Ca surprend, nom d’un gnome empaillé ! Malgré la présence rassurante de la palissade, j’ai un violent geste de recul. Je me prends les pieds dans mon jupon.

Tristhan me retient avant que je ne finisse les fesses par terre, plié de rire.

— Flûte, j’aurais du te prévenir qu’il est vicieux.

— En effet !

— On ne peut pas encore le laisser en box, il se comporte comme un fauve. Il a été maltraité, la peur le rend dangereux. Je dois complètement reprendre les bases avec lui. Quand il sera devenu une crème…

Ses yeux se perdent dans le vide. Cela prendra le temps qu’il faudra, mais je sais qu’il réussira. Il a un don avec les animaux, en particulier les chevaux.

L’étalon fait son fier-à-bras dans le manège, pendant que nous discutons. Je glisse à Tristhan que j’ai retrouvé ma coiffeuse et mon armoire en désordre sans en connaître la cause. Je sens immédiatement son regard devenir moqueur, donc je n’insiste pas. Mon frère m’apprend que son nouveau protégé s’appelle Atalaï. Ce nom signifie « nuit noire », dans le dialecte d’un autre peuple.

Nous admirons la splendide créature, si racée, si effrayée.

 

Plus tard dans l’après-midi, je quitte les écuries et leurs odeurs particulières, je retourne d’un bon pas à l’auberge, montant dans ma chambre pour me changer. De nouveau, je sens qu’il y a quelque chose d’anormal.

« Mais ce n’est pas possible, mes affaires ne peuvent quand même pas se déplacer toutes seules ! »

Je commence à trouver cela énervant et je me suis exprimée à voix haute. Et là, je jurerais avoir entendu comme un petit gloussement moqueur. Je regarde rapidement partout, tout en me changeant, et je me traite intérieurement d’idiote. Je décide d’en parler avec Tynha.

Mon humeur n’est quand même pas aussi mauvaise que ce matin lorsque je fais mon apparition dans la salle. Je m’imagine chevauchant un magnifique étalon noir, habillée à la garçonne, cheveux dans le vent… Non ! Cheveux tressés, cela évite les nœuds !


 

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Samedi 29 octobre 2005

Dans les pas de Roanne - Chapitre 1 "Mutine Lutine" - partie 1 - tous droits réservés -

Dernière correction datée du 09/09/06.


30ème jour du dixième mois de l’an 3423.

Vingt-quatrième année du règne du Roi Edhemar et de la Reine Héloïse.


Mes paupières se sont ouvertes et fermées plusieurs fois, hésitantes et frémissantes, à la façon des ailes fragiles d’un papillon. J’ai eu beaucoup de mal à me réveiller ce matin. Avec l’automne, les jours raccourcissent, et j’ai besoin de m’y habituer. J’ai toujours préféré rester couchée quand il fait encore nuit. Tynha m’a soufflé que je cherche toutes les excuses possibles pour justifier mon retard. Maudite soit-elle ! Elle en a de bonnes, vu les horaires dont elle profite !

Tynha est encore jeune, elle vient juste de fêter ses dix-neuf ans, alors le Patron préfère éviter qu’elle soit du soir. Elle est aussi très belle, c’est bon pour attirer la clientèle dans n’importe quelle taverne. Seulement, Thomas nous considère comme ses filles, il préfère que sa dernière soit en sûreté et de service le jour. Tynha est parfois un peu « lente », mais elle est toujours douce et souriante. Vers seize heures, lorsque les dames viennent se réchauffer dans le salon de thé, elle trouve toujours le bon mot, le compliment qui va droit au cœur. C’est un plaisir pour les habituées qui l’adorent, et le salon de thé n’a jamais si bien tourné. Celui-ci est situé à l’étage, avec un accès indépendant pour ne pas croiser les soiffards de la salle commune.

Pour résumer, Tynha travaille en journée et fait de bonnes nuits. Ce qui n’est pas mon cas : je me lève tôt, pour aider la Patronne à servir les déjeuners des voyageurs qui partent de bonne heure. Je m’arrête vers neuf ou dix heures, et je reprends mon service aux alentours de dix-neuf ou vingt heures, en fonction des besoins.

Ces horaires m’obligent à dormir en deux temps, c’est particulier et pas forcément naturel.

Je l’admets, je l’ai un peu voulu ainsi. Je n’aime pas servir le midi. Je n’apprécie pas d’être enfermée dans la journée. Et puis je suis plus expérimentée que Tynha pour éviter une main baladeuse ou pour remettre un client en place sans froisser sa susceptibilité. Ce qui est bien plus fréquent en soirée, et totalement dépendant des quantités de vin et de bière ingurgitées.

Toujours est-il qu’il y a des jours avec et des jours sans. Aujourd’hui, je crois que c’est sans !

J’ai eu un mal fou à m’extirper de la chaleur de mon petit lit. Et je ne trouvais rien à sa place dans mon armoire. Je ne sais pas ce que j’ai fabriqué cette nuit quand je suis montée me coucher. Pourtant j’étais très claire ! C’est une règle pour les serveuses : ne jamais boire. Nous ne sommes pas des hôtesses.

Pour résumer, ce matin je n’étais déjà pas en avance, et le temps que je mette la main sur ma tenue de service, mon humeur avait viré mauvaise. Je suis descendue des combles en ronchonnant comme moi seule sait le faire, d’après Monik, ma mère adoptive. Lorsque que je l’ai rejointe, elle était déjà en pleine activité.

Pendant les heures de travail, j’appelle ma mère « la Patronne », mais c’est uniquement pour donner le change aux clients. J’ai une affection profonde pour elle. Monik a toujours été là, m’entourant de tendresse, du plus loin que je me souvienne. Elle reste ma confidente privilégiée lorsque j’ai des doutes trop intimes pour en faire part à ma sœur ou mes amies. Elle cultive les simples dans un coin du jardin, qui est son domaine réservé.

Mon service du matin s’est heureusement bien déroulé, comme la plupart du temps. Notre auberge est située dans un gros bourg calme, bien placé car une route importante le traverse. C’est excellent pour le commerce, mais nous sommes entourés par la campagne. Avec ses avantages et ses désagréments. Par exemple, comme le soulève régulièrement Tynha, il n’est pas facile d’être à la mode. Il est certain que pour des coquettes, ce que nous sommes, la grande ville est loin… Il s’agit d’Agarand, le centre administratif de notre contrée.

Il y a de cela à peine un mois, le Patron nous a laissé deux semaines de congés pour que nous puissions nous y rendre. Il nous a fallu cinq jours avec la roulotte pour faire le trajet. A cheval, trois ou quatre auraient suffit, mais ma petite sœur n’est pas une cavalière.

Nous avons rapporté de là-bas des vêtements, des parfums, des accessoires. Des trucs de filles. Je rouspétais après Tynha il y a un instant, je dois pourtant admettre c’est elle la princesse pour trouver les tissus qui s’accordent et les brodequins qui vont avec. A côté d’elle, je ne suis qu’une moitié de femme. J’étais donc bien contente de faire mes achats en sa compagnie. Cette excursion a été excellente pour notre moral. J’ai conscience qu’il s’agissait d’une façon, pour nos parents, de nous remercier de la qualité de notre travail.

Je termine mon service du matin, pensive, et je remonte dans ma chambre. J’ai la légère impression que c’est encore plus en désordre !

Non, je ne rêve pas : sur ma coiffeuse, certains objets ne sont pas à leur place. Je suis perplexe, ma chambre était fermée. Je ne vois pas qui pourrait y entrer pour déranger quelques objets. Il ne manque rien, en apparence du moins. Je suis trop fatiguée, je me déshabille prestement pour me remettre au lit.

J’ai promis à Tristhan de passer le voir à l’écurie. On lui a confié un nouvel étalon d’une beauté à couper le souffle. Il faut que je sois en forme pour ma visite.

Au moment où je m’endors, j’ai la vague impression d’entendre un grattement et un délicat piétinement. Mais je suis déjà passée de l’autre côté, et mon sommeil est trop lourd pour être de nouveau perturbé.

suite

 

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